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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/397

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d’une pièce ; il répéta cette expérience sous une forme scientifique, et le 25 janvier 1798 il en communiqua le résultat à la Société royale de Londres. Au moyen d’un manège mû par un cheval, il avait fait tourner un foret obtus dans un cylindre de bronze de 13 livres anglaises ; dans l’espace de deux heures, par une pression que Rumford évaluait à cent quintaux, le foret avait réduit en poudre 4 115 grains de bronze ; la quantité de chaleur qui s’était dégagée pendant cette opération aurait amené 26,38 livres deau de la température de la congélation à la température de l’ébullition. À l’exposé de cette expérience, qui mettait si nettement en évidence la génération de la chaleur au moyen du frottement, Rumford ajoutait les réflexions suivantes : « En raisonnant sur ce sujet, nous ne devons pas oublier cette circonstance des plus remarquables que la source de la chaleur engendrée par le frottement, dans ces expériences, paraît être inépuisable. Il est à peine nécessaire de faire remarquer qu’une chose qu’un corps isolé ou un système de corps peuvent continuer de fournir indéfiniment, sans limites, ne peut absolument pas être une substance matérielle. Il me paraît extrêmement difficile, sinon tout à fait impossible, de se former une idée d’une chose pouvant s’exciter ou se communiquer dans ces expériences, à moins que cette chose ne soit du mouvement. »

L’année suivante, Humphry Davy répétait une expérience semblable et s’exprimait, à son sujet, en termes analogues.

L’argumentation de Rumford et de Davy était nette et pressante ; ceux qui tenaient pour l’existence substantielle du calorique s’en émurent. Dans sa Statique chimique, Berthollet essaya de la réfuter ; la limaille de cuivre n’est peut-être pas identique au cuivre dont elle provient ; en s’en détachant sous la pression du foret, elle a pu subir un changement d’état ; sa densité, sa chaleur spécifique ont pu varier, et cette transformation a pu produire le dégagement, sous forme de chaleur libre, d’une partie du calorique que le cuivre avait emmagasiné à l’état latent. Vaine échappatoire, que Rumford avait prévue et qu’il avait fermée d’avance en montrant que la limaille formée dans son expérience avait même densité et même chaleur spécifique que le bloc de métal auquel elle avait été arrachée. Il restait donc avéré que l’on pouvait, avec du mouvement, engendrer de la chaleur, et que si l’on disposait d’une source inépuisable de mouvement, on pouvait, sans fin, produire de la chaleur.

La production de chaleur par la percussion ou par le frottement avait été, pendant longtemps, la seule objection opposée à la théorie du calorique ; mais, au moment même où cette théorie