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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/393

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Sadi Carnot et son commentateur Clapeyron prenaient, pour repérer la température, les degrés du thermomètre à air que Desormes et Clément, que Laplace avaient proposé en guise de thermomètre normal, qu’ils avaient regardé comme capable de marquer, par ses variations, les variations de la température absolue. La découverte de Sadi Carnot conduisit W. Thomson à concevoir une définition et un mode de détermination de la température absolue très différens de la définition et du mode de détermination adoptés par Desormes et Clément et par Laplace.

Supposons que la chaleur spécifique de l’air maintenu sous volume constant ne dépende pas de la température lue sur le thermomètre imaginé par Amontons ; ce thermomètre jouira d’une propriété remarquable : chaque fois qu’il montera d’un degré, l’air qu’il renferme absorbera une même quantité de chaleur, en quelque partie de l’échelle des températures que cette ascension se produise. Ce caractère avait paru souverainement important à tous les physiciens qui, depuis Réaumur, s’étaient occupés de thermométrie ; W. Thomson, au contraire, le déclare de mince portée ; selon lui, le caractère essentiel que doit posséder une échelle de températures absolues, c’est que le degré en soit défini par une propriété indépendante de la substance thermométrique employée ; or la proposition découverte par Garnot permet de trouver une telle définition du degré absolu : convenons de dire que les températures de deux corps diffèrent d’im degré absolu lorsqu’une unité de calorique, tombant du plus chaud au plus froid, produit une quantité de travail égale à l’unité, et nous aurons une échelle thermométrique réalisant la condition exigée par W. Thomson.

Si l’on fait usage de cette échelle thermométrique, on a immédiatement l’expression de la quantité de travail que peut produire une unité de chaleur en passant d’un corps pris à une certaine température à un corps pris au point de fusion de la glace. Ce travail est égal, par définition, au nombre de degrés absolus qui séparent la température du foyer de la température de la glace fondante. Un calcul, inverse de celui qui servait à relier ce travail à la température du foyer lue sur le thermomètre à air, servira à établir la relation qui existe entre la température lue sur le thermomètre à air et la nouvelle température absolue ; il n’y aura nullement égalité, ni même proportionnalité entre ces deux températures. Les idées de W. Thomson conduisaient donc à rejeter tout ce que Desormes, Clément et Laplace avaient pensé de la température absolue.

La modification apportée par W. Thomson aux principes qu’avaient établis les prédécesseurs de Carnot touchant la théorie