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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/350

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priver sous le prétexte que l’on vit un jour une escadre démodée combattre avec succès une escadre toute neuve. Les Lissa sont rares ; la fortune ne se met pas toujours du côté des faibles bataillons. Avoir les vaisseaux de Persano et les conduire comme Tegethof, c’est le plus sûr, — et voilà la deuxième conclusion que nous suggère notre étude stratégique.


VI

Peut-être, en discutant dans le public les questions militaires que pose le percement du canal de Kiel, s’est-on tenu trop exclusivement au point de vue maritime et n’a-t-on pas assez examiné si l’existence de ce détroit artificiel n’allait pas introduire un facteur nouveau dans la stratégie générale. El il ne s’agit pas seulement de constater (cela devient évident à la première réflexion) que toute opération maritime a son contre-coup sur l’ensemble des événemens d’une grande guerre. Quand on serre la question de plus près, quand on la place sur le terrain où la plaçait déjà, il y a quelque douze ou quinze ans, le maréchal de Moltke, on ne tarde pas à reconnaître que l’instinct aiguisé du chef du grand état-major ne l’avait pas trompé ; que cette coupure nette du canal maritime en plein pays de conquête récente, à 12 lieues à peine de la limite reconnue de la langue danoise, pourrait bien devenir une cassure, et qu’il est par conséquent d’un haut intérêt pour « l’Empire », sinon pour l’Allemagne, de fortifier sa situation militaire dans les duchés.

Ce n’est point d’aujourd’hui, au surplus, que l’on admet cet intérêt. Le plus élémentaire bon sens faisait comprendre au gouvernement prussien, dès le lendemain de la conquête violente du Schleswig, qu’il y avait là un terrain tout préparé pour une descente ; une base d’opérations d’autant plus précieuse pour l’adversaire qui oserait s’en servir qu’il aurait forcément pour lui l’appui de la nation spoliée et que, dans le cas d’un insuccès, il trouverait une sûre retraite, soit dans le Jutland, soit dans la grande île de Fionie, séparée de la terre ferme par un bras de mer de 900 mètres à peine, une rivière d’eau salée.

On sait quels étaient les projets d’expédition du gouvernement français au début de la guerre de 1870. On sait moins — et à certains égards il faut s’en féliciter — quels furent les motifs de l’abandon d’un plan dont l’exécution pouvait, même après les batailles malheureuses du commencement d’août, modifier profondément la face des affaires. Mais à cette époque déjà il n’y