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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/347

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directions, et le gros de l’escadre, à tout hasard, se rapproche de la côte ferme. Enfin, vers midi, le sémaphore de Neuwerk met fin à toute incertitude. A 10 heures, les grand’gardes allemandes (escadrille de torpilleurs) du cap Skagen ont aperçu l’escadre américaine se dirigeant vers les détroits ; l’un d’eux a couru à Skagen même, l’autre à Gotheborg, sur la côte de Suède. Des dépêches ont été expédiées, et l’amirauté ordonne à l’escadre de la mer du Nord de franchir le canal maritime sans perdre un instant.

Nous voici au point délicat. Cette escadre ne peut donner plus de 15 nœuds. Elle a encore 30 milles à faire avant d’arriver à Brunsbüttel. C’est donc déjà deux heures d’employées. Admettons, pour lui faire la part belle, qu’elle arrive tout juste à l’entrée du canal au moment où les portes des écluses sont ouvertes, le niveau de l’Elbe étant à peu près le même que celui de la Baltique, et ne comptons par conséquent que la durée de la traversée. Admettons aussi que le canal est parfaitement achevé, que ses berges sont consolidées, ses courbes rectifiées, enfin qu’aucun échouage n’est à craindre, sauf erreur accidentelle des pilotes. Il n’en faut pas moins, — à 15 kilomètres à l’heure, vitesse maxima, — six heures et demie ou sept heures pour chaque navire, et bien près de dix heures pour l’escadre tout entière, qui forme dans le canal un long chapelet.

Ce n’est pas fini : il y a encore 28 milles au moins d’Holtenau, dans la baie de Kiel, à la pointe sud de Langeland, et c’est presque deux heures de plus, — en tout treize, si nous comptons bien ; — d’où il résulte que l’escadre américaine aura eu largement le temps de franchir le Fehmarn-Belt, lorsque les Allemands y pénétreront, d’ailleurs en pleine nuit, et par conséquent dans les plus mauvaises conditions pour découvrir l’ennemi.

Nous reprochera-t-on d’avoir tout arrangé pour le succès des uns et la confusion des autres ? Nous fera-t-on observer que, si l’amirauté allemande a pu télégraphier à son escadre de la mer du Nord de franchir le canal, rien ne l’empêchait d’ordonner en même temps à son escadre de la Baltique d’attaquer l’ennemi et de retarder sa marche ? Soit ! Mais, outre que l’exécution de cet ordre dépend de la position qu’occupera la force navale dont il s’agit sur le théâtre des opérations, ne serait-ce pas là une tactique dangereuse au premier chef, la tactique des combats décousus et des petits paquets ? Mettons les choses au pis pour les Américains : que l’escadre allemande de la Baltique, prévenue en temps utile, leur barre le Grand-Belt. Croit-on que des navires aussi puissans, et qui d’ailleurs peuvent tous donner 20 nœuds