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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/342

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de ce réseau de chemins de fer stratégiques qui accélère singulièrement le transport des grandes masses, on a vu, — transformation que l’on n’a pas assez remarquée en France, — l’armée allemande de première ligne, l’armée d’opérations, avec laquelle on veut frapper des coups immédiats et accablans, prendre une importance considérable au détriment des formations de réserve, au détriment de l’armée de défense.

Au fond c’est un résultat analogue à celui que l’observation des faits économiques permet d’enregistrer tous les jours : les voies et les engins de communication réagissent inévitablement les uns sur les autres, de sorte que si l’on ouvre de nouvelles routes, de nouveaux chemins de fer, de nouveaux canaux pour faciliter la circulation des véhicules et par conséquent celle des produits naturels ou fabriqués, la mise en service de ces routes, de ces canaux favorise la production de tous les objets d’échange, et par conséquent la création de nouveaux engins de transport. Le besoin fait naître l’outil, mais l’outil, à son tour, provoque, suggère le besoin.

Qu’on ne pense pas, du reste, qu’en signalant l’inévitable application de ce principe au développement de la marine allemande à la suite de l’ouverture du canal maritime, nous nous livrions au jeu facile des hypothèses. Déjà lorsque le chancelier de l’Empire avait soumis au Eeichstag le programme naval de 1889, il avait invoqué la nécessité de protéger les deux issues du canal pour faire voter le principe de la construction de huit « petits cuirassés ». Mais il se trouva, expériences faites, que ces gardes-côtes étaient d’excellens navires de mer, fort capables de porter la guerre chez l’ennemi, si bien qu’aujourd’hui leur place est marquée dans l’escadre d’opérations. Chaque année, au surplus, l’amirauté célèbre les facultés defensives des torpilleurs pour lesquels elle demande — et obtient toujours — d’abondans subsides. Or ces torpilleurs, aussi remarquables dans leur genre que les prétendus gardes-côtes du type Siegfried, sont tous des navires de haute mer, c’est-à-dire de précieux engins d’attaque.

Il faut donc savoir le reconnaître, la marine impériale ne borne plus ses vues au soin de la défense du littoral, ni même à la liberté des atterrages : c’est une marine d’offensive, marine d’opérations actives, étendues, liées aux mouvemens généraux des armées allemandes, dont elle formera l’aile droite dans la Manche et l’aile gauche dans la Baltique ; enfin une marine qui compte bien appliquer pour son compte l’axiome célèbre du maréchal de Moltke : « Faire la guerre, c’est attaquer. »

Pourquoi donc, en définitive, l’organisme maritime de nos