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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/323

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physique comme sur son fondement. Mais la vie de la planète dépend du système astronomique où elle est placée et des conditions dans lesquelles elle y est placée ; elle serait autre, et autre sa constitution physique, et autres les lois chimiques de ses élémens, et autres les physiologies de ses animaux, et autres nous serions nous-mêmes si elle appartenait à un autre système, ou si, dans le même système, elle était plus proche ou plus éloignée du soleil, ou si l’inclinaison de son axe sur l’écliptique était différente. La physique terrestre repose donc sur la physique céleste et en dépend, et l’astronomie est la hase de toutes les sciences humaines. Enfin l’instrument essentiel avec lequel nous mesurons, pesons, évaluons toutes choses et notons exactement les rapports des choses entre elles est une science qu’on appelle la mathématique, et qui est comme l’introduction à toutes sciences parce qu’elle en est la clef. Mathématique, astronomie, physique, chimie, physiologie, morale, sociologie — voilà donc l’ordre dans lequel doivent se ranger les sciences par ordre de dépendance, voilà proprement la hiérarchie des sciences.

On voit que la loi qui règle cette hiérarchie des sciences est leur généralité décroissante et leur complexité croissante. Au principe une science pure qui n’embrasse aucune matière, qui ne s’applique à rien de matériel ; puis une science qui n’est presque encore que la précédente, puisqu’elle ne s’applique qu’à des phénomènes très généraux, qu’à des distances et des mouvemens ; puis, successivement, des sciences, physique, chimie, physiologie, etc., qui s’appliquent à des phénomènes de plus en plus complexes, et enfin les sciences de l’homme qui s’appliquent à l’être le plus complexe que nous connaissions.

Cette classification, si on l’accepte, entraîne déjà toute une philosophie. Si l’on consent à faire dépendre la science de l’homme de la physiologie, la physiologie de la chimie, la chimie de la physique, la physique terrestre de la physique céleste, c’est l’ancienne conception générale des choses qui est retournée pour ainsi parler. La tendance ancienne de l’homme dans l’état théologique, et encore dans l’état métaphysique, était d’aller au monde en partant de lui-même. Tel il se connaissait ou croyait se connaître, tel il connaissait ou croyait connaître l’univers. Ce qu’il connaissait de lui-même, il l’appliquait à l’univers pour l’expliquer. Il se connaissait comme volonté ; et, successivement, il logeait une volonté dans chaque phénomène, dans chaque grand groupe de ces phénomènes, dans l’ensemble, dans l’universalité des phénomènes. Il se connaissait comme sensibilité, et, successivement, il logeait un être sensible, bon, méchant, irascible,