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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/315

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des millions d’hommes qui croient que la terre est tournante et le soleil fixe, qui le croient absolument, sans être aucunement capables de se le démontrer. Ceci est une foi, une foi d’un nouveau genre, qui n’est pas accompagnée de sentiment ni de passion, mais c’est une foi. La foi consiste à croire sur parole quelque chose qu’on n’a pas découvert soi-même, qu’on ne peut pas se prouver, et qu’on n’a la prétention ni d’avoir découvert ni de pouvoir prouver. Voilà une foi nouvelle.

Elle n’est même pas si dépourvue de sentiment et de passion que nous le disions tout à l’heure ; car elle sait, ou sent, qu’elle est en opposition avec les anciennes, et cela lui donne une certaine ardeur et zèle d’apostolat, du moins pour quelque temps. Enfin voilà une foi. Si le mot paraît bien ambitieux, disons qu’une nouvelle autorité intellectuelle s’est élevée entre les hommes qui a quelque chose du prestige qu’avaient en elles les religions anciennes, de leur majesté, de leur puissance, de leur décision. Elle est quelque chose que l’on croit et qu’on ne discute pas.

Notez de plus que la science semble bien gagner progressivement, continûment, tout le terrain que les religions et les métaphysiques paraissent perdre. Non seulement la science est une nouvelle manière de croire ; elle est une nouvelle manière de jouir par l’esprit ; elle est un goût, et un goût de plus en plus vif. Le vieil homme, l’animal métaphysicien, disparaît ; l’homme nouveau, l’animal qui collectionne des faits et groupe des faits, se fait légion. Il y a là une mode. Une mode qui dure trois cents ans en s’accusant de plus en plus est un signe très considérable. Dans les habitudes d’esprit, dans les livres, dans les journaux et brochures, la science, l’observation, la découverte, la statistique occupent la place que jadis les discussions théologiques, philosophiques, casuistiques, occupaient. C’est un âge nouveau de l’humanité qui commence. C’est un nouveau principe directeur qui paraît dans le monde et qui s’y installe avec tout les caractères principaux des principes directeurs anciens. Voilà qui est dit, l’humanité sera désormais scientifique, comme elle a été polythéiste, monothéiste et métaphysicienne.

Seulement le nouveau principe directeur est encore très gêné par la persistance des précédons et par leur obstination à ne pas mourir. Ce qu’il faut c’est débarrasser le nouveau principe de ses voisins et rivaux peu dangereux, mais qui l’offusquent, impuissans mais qui le voilent, qui surtout l’empêchent d’être seul. Il faut donc d’abord repousser, exterminer absolument l’esprit théologique et l’esprit métaphysique ; — ensuite débarrasser la