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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/27

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rasé au niveau du sol. Il est entendu que la base de l’État moderne doit être très large, mais il faut qu’elle ne soit qu’une base et non tout l’édifice, à elle seule. Il est entendu que, dans cet État, tout le pays doit être représenté, mais il faut que tout le vrai pays vivant y soit vraiment représenté ; que la loi y doit être faite pour le peuple, mais il faut qu’elle soit faite pour tout le peuple par des législateurs vraiment législateurs. Il est entendu que l’État moderne doit reposer sur le suffrage universel, mais il faut que ce suffrage soit vraiment un suffrage vraiment universel et ne soit plus ni ce danger qu’il est, ni cette mystification. Et puisqu’un pareil suffrage, ordonné et sérieux, n’est pas le suffrage universel inorganique, que ce ne saurait être lui, ce sera, il faut que ce soit le suffrage universel organisé.


V. — QUE LE SUFFRAGE UNIVERSEL RESTE LA BASE NÉCESSAIRE DE L’ÉTAT MODERN’E, MAIS QU’IL PEUT ÊTRE ORGANISÉ

C’est à ce mal que l’État moderne est en proie : le suffrage universel inorganique, le suffrage universel anarchique, le suffrage universel mis en coupe réglée ; donnant, comme produits, une représentation nulle, une législation pleine de heurts et d’à-coups, un gouvernement qui ne peut plus gouverner ; étouffant le vrai pays qui vit, au profit d’un pays illégal de politiciens, qui ne vit pas. C’est cela, la crise de l’État moderne ; c’est en face d’elle que nous sommes ; et elle nous met en face de ce problème : Etant donné que l’État moderne est et restera un État de droit, qu’il restera construit par en bas, sur le suffrage universel, comment le guérir de son mal ? comment faire que le suffrage universel ne soit pas anarchique, soit sincère, donne une représentation qui « représente » dans tous les sens du mot, une législation sage, suivie, composée, harmonique, un gouvernement qui gouverne ? comment faire que le vrai pays vivant ne soit plus sacrifié au faux pays politiquant ?

La solution de ce problème ? Une seule. La fin de cette crise ? Une seule. Le remède à ce mal ? Un seul : organiser le suffrage universel ; substituer au suffrage universel inorganique le suffrage universel organisé. Non point supprimer le suffrage universel, n’y point toucher, n’enlever à qui que ce soit, son vote, ne conférer à qui que ce soit plus d’un vote ; n’ôter à personne sa place, ne donner à personne plus de place, assurer à chacun et à tout le monde une place. Non point détruire l’État moderne ni le refaire sur d’autres bases, l’achever. Issu d’une convulsion, d’une Révolution, en un jour ou en une nuit, sans cesse secoué, ébranlé depuis lors, il a gardé quelque chose d’improvisé, de