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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/245

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qu’il a renvoyé à Montecitorio une majorité crispinienne ? Croit-on que M. Crispi, qui a fait des élections pour n’avoir pas à s’expliquer, s’expliquera aujourd’hui que les élections sont faites et ont tourné à son avantage ? On ne lui arrachera pas un mot de justification. Couvert par le président à la Chambre, il laisse tranquillement passer l’orage, bien décidé à ne pas s’y exposer. M. Cavallotti avait-il prévu ce mutisme obstiné ? On annonce qu’il poursuivra M. Crispi devant les tribunaux ; mais les tribunaux ont décidé que M. Crispi lui-même ne pouvait pas poursuivre M. Giolitti sans l’autorisation de la Chambre. La jurisprudence établie contre lui se retourne maintenant en sa faveur : il est défendu, à son tour, par l’immunité parlementaire. Ne le serait-il pas, qu’il refuserait quand même de comparaître et de répondre, et rien n’est plus fort que cette force d’inertie, lorsque d’ailleurs la majorité s’y prête et sans doute l’encourage.

Il est probable que M. Cavallotti n’aboutira pas dans la voie où il s’est engagé ; mais cela ne veut pas dire que tout le bruit qu’il soulève restera sans effet. Il reste toujours quelque chose d’un très gros scandale, surtout lorsqu’il y a des hommes parfaitement résolus à le renouveler sans cesse, à l’entretenir, à l’évoquer à tout propos. Les séances de la Chambre deviendront de plus en plus difficiles et le même spectre continuera de les agiter. Il est vrai que, aussitôt le budget voté, M. Crispi s’empressera d’envoyer les députés en vacances, et qu’il prolongera ces vacances le plus longtemps possible. L’exemple qu’il donne est de ceux qu’on n’oserait proposer à personne, et qui ne peuvent réussir qu’avec son caractère ou son tempérament. Or, ce tempérament est rare. M. Crispi est certainement aujourd’hui le personnage le plus curieux de l’Europe. On se prend quelquefois à l’admirer : on se dit qu’un homme qui aurait son courage, son audace, sa ténacité, et qui n’aurait que quelques-uns de ses défauts, — avons-nous à indiquer ceux qu’on voudrait éliminer de préférence ? — rendrait des services à son pays. Et pourtant, nous croyons en toute sincérité que M. Crispi n’en rend pas à l’Italie. Il a besoin de l’étourdir, de l’entraîner dans des aventures, de la pousser à une fausse grandeur, de la faire vivre dans une diversion continuelle, pour détourner son attention de certaines choses sur lesquelles M. Cavallotti s’est juré de la ramener sans cesse. Tout cela coûte cher. C’est la rançon de l’honneur de M. Crispi : on se demande si l’Italie consentira à la payer longtemps.

En Autriche-Hongrie comme en Angleterre, une crise ministérielle est survenue depuis quinze jours. Le prince Windischgrætz a donné sa démission, et l’empereur l’a acceptée. Le prince Windischgrætz, comme lord Rosebery, a senti peu à peu l’impossibilité de vivre et il est mort des suites d’un assez médiocre accident. La vraie cause de sa