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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/243

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l’occupation indéfinie, — toujours tranchant d’ailleurs, péremptoire, excessif, dans les opinions les plus contradictoires. Ancien commerçant, il a été autrefois ministre du commerce avec M. Gladstone : lord Salisbury l’a nommé ministre des colonies. Il est probable qu’en Angleterre, comme cela arrive quelquefois dans d’autres pays, les rapports du ministère des colonies avec celui des affaires étrangères ne seront pas toujours très faciles : heureusement lord Salisbury a une autorité et une expérience devant lesquelles toutes les autres devront s’incliner.

Le nouveau cabinet n’a pas encore fait ses débuts au moment où nous écrivons. Après avoir obtenu le vote du budget avec le consentement des libéraux, il procédera sans retard à des élections générales : la Chambre actuelle est morte avec le ministère qu’elle a tué. Le succès des conservateurs devant le corps électoral n’est pas douteux ; il sera même éclatant. Lord Salisbury aura une majorité considérable, mais il serait prématuré de vouloir dire comment elle sera composée. Quelle y sera la part des unionistes ? Suivant son importance, le cabinet recevra sans doute certains remaniemens. Quoi qu’il en soit, nous entrons dans une nouvelle phase de l’histoire de l’Angleterre : elle appartiendra aux conservateurs. Le parti libéral, surmené par M. Gladstone, et finalement privé du chef qui, après avoir épuisé toutes ses forces, pouvait seul le soutenir des siennes propres, est relégué dans l’opposition, sans doute pour longtemps. Il n’a pas mérité beaucoup de regrets.

On en dirait autant de M. Crispi s’il donnait sa démission, ou s’il venait, pour un motif quelconque, à être renversé ; mais la première hypothèse est tout à fait inadmissible, et la seconde ne paraît pas devoir se réaliser pour le moment. Les débuts de la nouvelle Chambre italienne ont été assez confus. M. Villa, élu président comme ministériel et grâce à l’appui du ministère, a été accusé presque de trahison pour avoir mis les quatre chefs de l’opposition, c’est-à-dire MM. di Rudini, Brin, Zanardelli et Cavallotti, dans la commission chargée de procéder à la vérification des pouvoirs. En Italie, cette commission est nommée par le président. M. Villa a cru montrer de l’impartialité, et il en a fait preuve en effet dans cette circonstance, mais il a provoqué contre lui l’indignation de la majorité, et plus encore celle de M. Crispi. Depuis, il s’est appliqué à faire disparaître ces impressions premières. Le choix qu’il avait fait de M. Cavallotti a surtout provoqué des tempêtes. M. Cavallotti s’est déclaré l’ennemi personnel de M. Crispi ; un duel à mort s’est ouvert entre les deux hommes. M. Cavallotti s’est juré de venir à bout du premier ministre, et peut-être y réussirait-il si M. Crispi se laissait aborder, soit sur un terrain, soit sur un autre, Mais il s’en garde bien. À toutes les attaques, à toutes les accusations