Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/223

Cette page n’a pas encore été corrigée


Le docteur Bruno Wille et sa philosophie de la délivrance


M. Bruno Wille est un socialiste allemand qui a appris par son expérience que les chefs orthodoxes de la démocratie sociale sont fort durs pour les dissidences et les dissidens, aussi intolérans que certains hommes d’Église, aussi prompts à retrancher de la communion des fidèles quiconque leur paraît suspect d’hérésie. En 1890, il avait soutenu dans une conférence publique des propositions téméraires et malsonnantes, et de ce jour il fut en mauvaise odeur. Il avait osé affirmer que peu d’hommes ont le caractère assez indépendant pour professer hautement leurs opinions personnelles et ne recevoir de mots d’ordre que d’eux-mêmes, que nous sommes une engeance moutonnière, que c’est l’effet d’un atavisme préhistorique, que nous avons peine à oublier que nous fûmes jadis des bêtes vivant en troupe. Ce propos fut vertement relevé par M. Bebel dans une assemblée populaire : « Messieurs, s’écria-t-il, d’un bout de l’Allemagne à l’autre notre parti a les yeux fixés sur vous. Jugez selon vos convictions, car vous êtes des hommes de convictions, et quoi qu’on dise, vous n’êtes pas un bétail. »

Plus tard, un certain nombre de socialistes ayant été excommuniés dans le congrès d’Erfurt comme hétérodoxes et comme calomniateurs, M. Bruno Wille protesta contre leur exclusion ; il déclara qu’après comme avant, il les tenait pour des frères. On lui fit expier son audace. Deux de ses Livres, que la librairie populaire créée par le Vorwärts s’était chargée de mettre en vente, furent mis à l’index. Il demanda des explications ; on lui répondit qu’il s’était lui-même exclu du parti, « que la démocratie sociale n’est pas un assemblage d’élémens hétérogènes, mais un corps fondé sur l’unité de doctrine et de sentimens, que tous ceux qui lui appartiennent doivent en matière de discipline