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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/206

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Ecoute la brise au parler si doux.
Regarde l’Aurore. Elle est si blonde !
Sois, en ce cruel et triste monde,
La violette au milieu des houx.

Ne juge pas ; n’accuse personne.
N’as-tu rien, toi, qu’on puisse blâmer ?
Frère, souviens-toi qu’il faut aimer.
Écoute, au loin, l’Angélus qui sonne.

Si quelque pauvre âme, en son chemin,
Tremble et défaille au mal qui l’oppresse,
Oh ! n’ajoute pas à sa détresse :
Cordialement tends-lui la main.

Sois l’oiseau léger qui vole, vole,
L’oiseau matinal, couleur du jour,
Qui berce encor de vieux chants d’amour
Notre sombre terre, à moitié folle.

Sois le verger plein de boutons d’or,
La source limpide où l’on vient boire,
Le bois profond aux feuilles de moire
Où passe, à la brune, un chant de cor.

Sois l’étang limpide où se reflète
Un paysage infiniment clair.
Sois tout le bleu qui vague dans l’air.
Parmi les houx sois la violette.

Ah ! je sais bien : le soleil qui luit
A fait cligner plus d’une paupière ;
Il est, hélas ! plus d’un cœur de pierre ;
Il est encor des âmes de nuit.

Aveugles, sourds et fous que nous sommes !
Tous, au hasard, s’en vont trébuchant ;
L’un est stupide et l’autre méchant.
Eh bien ! que veux-tu ? ce sont des hommes.

GABRIEL VICAIRE.