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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/202

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celui d’ornemanistes bouchant, au hasard, les vides de la construction ? »

Quelques heures passées dans la section suffisent à montrer que l’architecture contemporaine est en pleine crise. D’une part, un réveil impérieux du bon sens, dans notre pays même, plus esclave que ses voisins des préjugés scolaires, commence à exiger une plus rigoureuse adaptation des bâtimens à leur destination et le sacrifice des apparences mensongères à une réalité plus logique et plus pratique ; d’autre part, l’apparition de toutes sortes de matières nouvelles, ou du moins mises en œuvre, par l’industrie moderne, d’une façon nouvelle, le fer, les cimens, la terre cuite, le verre, apporte des ressources inattendues qui modifient gravement les anciens systèmes et entraînent graduellement la formation de systèmes nouveaux. Il est bien probable que, dans cette agitation d’idées, toutes les théories exclusives et savantes, classiques et archéologiques, celles qui placent uniquement leur idéal, comme on l’a fait depuis trois siècles, dans l’imitation et l’adaptation des formes antiques ou celles qui, depuis un demi-siècle, le cherchent seulement dans l’admiration et dans l’étude du moyen âge, seront également convaincues d’impuissance et d’insuffisance, il est à croire aussi qu’en disparaissant, elles feront place à une recherche désordonnée, mais active et libre, d’un art plus souple et plus divers, dont les formules devront se plier à la multiplicité et à la complexité croissante des besoins et des goûts développés par un internationalisme intense qui môle, il est vrai, les races diverses, mais qui développe aussi, jusqu’à l’exaspération, leur amour-propre et leur individualisme. Quels seront les rôles à prendre, dans cette évolution, pour la sculpture et la peinture, sous leurs différentes formes, personnelles ou industrielles ? C’est à quoi les sculpteurs et les peintres peuvent déjà réfléchir et ce qu’il serait intéressant d’étudier à l’occasion.


GEORGE LAFENESTRE.