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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/201

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haute et noble lignée des imagiers français. Son dernier ouvrage, inachevé, la Religieuse souriante, le montre décidément engagé dans cette dernière voie. Il sentait, comme les chers ancêtres, que la simplicité était l’alliée la plus utile et la collaboratrice la plus précieuse de l’artiste. On peut considérer la disparition prématurée de Carriès comme une perte réelle pour l’art français.

Nous avons vu quelle part les préoccupations architecturales tiennent dans l’œuvre de Carriès et de M. Bartholomé, comme dans celles de tous les sculpteurs qui se font de leur art une juste et large idée. Il est à souhaiter que ces préoccupations prennent une place de plus en plus grande chez les artistes de toute catégorie et de tout ordre, et surtout qu’elles pénètrent, plus qu’elles n’ont fait jusqu’à présent, dans le public qui regarde, qui commande, qui paie. Depuis quelques années, les salles d’architecture, dans les deux Salons, sont déjà moins abandonnées qu’elles ne l’étaient jadis, parce qu’on y a introduit, avec raison, un certain nombre d’objets qui parlent plus vivement aux yeux et les préparent peu à peu à l’intelligence des relevés et des plans, soit des modèles en reliefs, soit des aquarelles pittoresques, soit des fragmens de décorations complémentaires, vitraux, bois sculptés, céramique ornementale, etc. Il y a déjà beaucoup de ces objets, il n’y en a pas encore assez, et tant que tout le monde ne sera pas convaincu que la sculpture et la peinture ne peuvent espérer une transformation normale, conforme aux tendances sociales du siècle, que par une collaboration assidue et raisonnée avec l’architecture, nous serons condamnés à voir le talent de nos artistes s’émietter en morceaux d’expositions que les musées, déjà trop pleins, d’un bout à l’autre du pays, ne pourront même plus recueillir. C’est ici qu’une grosse question se pose, question qu’il nous est seulement possible de soulever, à propos de la section d’architecture aux Salons, car, pour y répondre sérieusement, il faudrait pouvoir examiner les principales constructions, élevées, depuis une trentaine d’années, sur tous les points du territoire : « Non, tous les sculpteurs et tous les peintres ne comprennent pas également leur plus haute mission qui est celle de contribuer à la signification, c’est-à-dire à l’utilité, à l’attrait, à la beauté des édifices, publics ou privés, grands ou petits, parmi lesquels ou dans lesquels nous vivons ; mais tous les architectes, de leur côté, réservent-ils, dans leurs conceptions, aux sculpteurs et aux peintres, la part qui pourrait leur revenir, ou, lorsqu’ils la lui font, comprennent-ils que le rôle de ces associés devrait être celui de collaborateurs intellectuels et expressifs et non simplement