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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/194

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notre temps en même temps qu’une des imaginations les plus sensibles et les plus précises. Son Combat d’un orang-outang avec un sauvage de Bornéo, commandé pour le Muséum, n’est pas fait, plus que n’était son fameux Gorille ravisseur, pour amuser les petites dames. La lutte entre les deux êtres primitifs a été sanglante et courte. Notre vénérable aïeul à quatre pattes ou à quatre mains, beaucoup mieux armé, en tout cas, que le plus sauvage de ses cousins dégénérés, n’en a fait ni une ni deux. De ses deux longues mains de devant, comme d’un carcan de chair, il serre la gorge de l’homme terrassé, qu’il tient, à ses pieds, tordant ses membres nus dans une impuissante convulsion, et renifle avec volupté sa victoire, le museau tendu entre ses vieilles bajoues, pansues et poilues, épanouies autour de ses babines comme de larges soufflets ; près de lui, un de ses jeunes fils, assis et satisfait, contemple, d’un œil attendri, le triomphe paternel, et apprend son métier pour l’avenir. La sûreté de main avec laquelle ce groupe original est agencé et mis en relief dans le cadre surbaissé d’un tympan architectural n’a rien qui puisse surprendre de la part d’un si habile ouvrier ; mais c’est toujours plaisir de voir une œuvre importante conduite avec cette vaillance tranquille et joyeuse qui respire dans toutes les créations ou fantaisies de M. Frémiet.

L’iconographie monumentale s’enrichit aussi, celle année, de quelques bons morceaux. Le Don Salvador Donoso, en simple soutane, par M. Marqueste, le Mgr Sebaux, en vêtemens épiscopaux, par M. Verlet, tous deux agenouillés, sont d’excellentes effigies funéraires. Le style de M. Marqueste est plus ferme et plus sobre, plus simple et plus reposé ; celui de M. Verlet, plus réaliste et plus incisif, plus curieux de l’accessoire et du rendu ; l’un a plus de gravité, l’autre plus de vivacité. Les deux sculpteurs sont des hommes de grand talent et animés tous deux par l’amour de la grande vérité, amour indispensable en de pareilles tâches. Parmi les figures qui doivent se dresser sur des places publiques, nous avons déjà signalé le Madier de Montjau par M. Charpentier. Debout, en pardessus fripé et flottant, la main droite vivement tendue, s’appuyant de la gauche au dossier d’une chaise qu’il agile nerveusement, le tribun éloquent respire, dans toute sa personne, une conviction chaleureuse et communicative. Avec toute cette ardeur, la figure conserve de la dignité et de la tenue. Le Beaumarchais de M. Clausade, jouant avec sa canne, bien caractérisé, unit aussi, avec bonheur, la physionomie ironique du pamphlétaire à la tenue correcte du financier. La Marceline Desbordes-Valmore, pour la ville de Douai, par M. Houssin,