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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/187

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corrigé, modifié, perfectionné l’ensemble et les détails qu’on se trouve en présence d’une œuvre nouvelle. La description que nous en donnions alors dans la Revue reste exacte pour le premier aspect, mais si l’on compare, par exemple, les photographies des deux ouvrages, on s’aperçoit qu’il n’y a presque pas de point sur lequel l’attention scrupuleuse de l’artiste n’ait apporté quelque légère ou grave amélioration. C’est le cheval surtout qui s’est métamorphosé ! En 1889, nous l’admirions pourtant déjà : « Cet animal est superbe, disions-nous. Il pousse en avant comme s’il avait conscience de son rôle, marchant au trot, la jambe haut levée, en cheval de fine race. Le mouvement est admirablement marqué, sans effort, sans violence, par toute la poussée du corps, l’inclinaison de la crinière, la fuite de la queue. » Mais, si nous revoyons aujourd’hui ce cheval de 1889 à côté de son successeur, nous le trouvons, par comparaison, presque lourd et presque banal, tant l’artiste, en approfondissant sa pensée, a serré de plus près, pour la bête comme pour le reste, l’idéal qu’il s’était formé et dont il avait pu déjà nous faire pressentir la grandeur. Quant à la cavalière, elle aussi était moins bien en selle, moins ferme sur ses étriers, moins confiante en son destrier, par conséquent moins entièrement livrée à l’extase religieuse et patriotique qui la soulève et qui la mène. Par l’élargissement de la selle, dont les bâtes de troussequin et d’avant, plus arrondies et plus souples, emboîtent mieux le corps, par l’adjonction des courroies de poitrail et de croupière assurant la stabilité de cette selle, le sculpteur a mieux associé qu’il ne l’avait fait d’abord la chevaucheuse à sa monture, et leur a donné, dans l’allure, dans le mouvement, dans l’expression, une cohésion plus saisissante et plus entraînante. Ce fin et nerveux coursier, allant à son but d’un train si décidé et si sûr semble vraiment le compagnon et l’ami, plutôt que l’esclave, de la fille inspirée qu’il porte et dont l’inconcevable prestige l’a dompté et entraîné, comme il domptait et entraînait tous les êtres vivans autour d’elle. On sait quel était, l’amour de Jehan né pour les chevaux, et combien elle s’occupait de son écurie ; à Compiègne, elle en avait quinze, et se plaisait surtout à monter les difficiles et les rétifs. « Elle chevauche les coursiers noirs, dit le greffier de la Rochelle, de tels et de si malicieux qu’il n’estoit nul homme qui bonnement les osast chevaucher. » Et devant les murs de Jargeau, le 8 juin 1429, un chevalier, Gui de Laval, écrit à sa mère : « Ce semble chose toute divine, et de la voir et de l’ouïr… Et la vis monter à cheval, armée tout en blanc, sauf la tête, une petite hache en sa main, sur un grand coursier noir qui, à l’huis de son logis, se