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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/167

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églises ; Herbert Burrows, à la fois collectiviste et théosophe ; Stead, l’un des journalistes les plus entreprenais d’Angleterre, et qui, par un étrange assemblage, joint à l’esprit le plus pratique une âme mystique et inquiète : tout ce peuple agité lui dessina plus fortement son rêve. Croyait-elle donc avoir assez fait en préparant la destruction d’une Chambre des lords déjà pourrie et l’élargissement du cens électoral ? N’allait-on pas enfin créer le véritable humanisme, cette fraternité universelle qui doit supprimer la misère et le mal ? M. Bradlaugh ne comprit plus, craignit d’être compromis, força Mme Besant de renoncer à la direction du National Reformer, et l’abandonna. Ainsi croulait, devant l’égoïsme résolu d’un homme politique, une affection de dix ans ! Elle le regarda de ses yeux tristes et dessillés, et dès qu’elle ne vit plus en lui qu’un étroit et énergique logicien, elle aperçut du même coup la platitude, les erreurs, toute l’insuffisance de sa foi.

Oui, le positivisme avait raison en dressant un autel à l’homme, dieu futur, mais en édictant les dogmes de cette religion ne s’est-il pas trompé, n’a-t-il pas, en posant les prémisses, oublié la conséquence, qui seule importe. De la brute, l’homme va vers l’ange, c’est bien ; mais c’est de l’ange qu’il faut pousser la croissance. Contente d’avoir démontré que nous venons de la bête, la science s’arrête là, et croit avoir tout fait en nous préparant un bonheur de bête heureuse. Et reste encore à savoir si le fameux « inconnaissable » est vraiment inconnaissable ; si aux « pourquoi ? » l’homme ne peut répondre que par d’éternels « comment » : si jamais, jamais, il n’arrivera à la cause. Déjà cette science s’étonne devant l’infinie complexité de la conscience humaine ; elle trouve en un même cerveau de multiples personnalités ; elle constate que dans ce cerveau, réduit au coma, presque mort par conséquent, l’activité mentale grandit d’une façon démesurée et mystérieuse. Alors elle s’effare, ou risque des explications dont un enfant rirait. Ah ! si elle s’était trompée, pourtant, si c’était l’enfant seul qui eût raison, en peuplant l’univers de formes brumeuses et vivantes, s’il y avait une dryade derrière l’écorce des chênes, un être derrière cette tache colorée et mouvante qu’on appelle l’homme, et si, par des moyens nouveaux, en s’affranchissant des sens, on pouvait voir, de la fumée des apparences et du flottement des phénomènes, surgir, — fût-ce en mourant — le moi du monde, le Réel nu, infini et solitaire !


IV

Ce ne doit pas être un phénomène bien rare qu’un positiviste qui se convertit à la métaphysique, et adore ce qu’il a brûlé. Mais