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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/157

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la théologie, que ceux qui l’ignorent croient triste et stérile, se présente sous la l’orme d’une grande image sensible, d’une cathédrale antique et sonore ; et les longues avenues des colonnes, les rais changeans qui tombent des fenêtres, les incantations des fidèles, tout converge vers le Christ, tout n’a été fait qu’en instrument pour le voir et parvenir à lui. au-delà de sa pure morale, au-delà des prières, de tout un entraînement spirituel et logique, savant et mesuré, on pénètre dans le mystère, on distingue le sens de sa tri ni té, le Père générateur des formes, la Raison qui les mène, et l’Esprit d’où ils émanent, et qui les contient, consubstantiel à eux : en définissant Dieu, sa nature, ses attributs, l’Église a jeté une étrange lumière sur le fond obscur de nous-mêmes, et la récompense de ces sévères études, c’est la pure extase. De cette théologie qui semble aride, le mysticisme, le don qui rend visible l’invisible, qui personnalise le divin, sort à flots canalisés, réguliers et profonds… Annie communia chaque semaine, observa les jeûnes, et se flagella. Elle avait dix-sept ans ! Ses prières se multiplièrent, et pour les offrir à son Seigneur, cherchant les plus tendres parmi les plus tendres, elle chanta :

«… Mon Amour crucifié, élève en moi de fraîches ardeurs d’amour et de consolation, que ce soit désormais le plus grand des tourmens que je puisse endurer de t’avoir offensé, que ce soient mes plus grandes délices de te plaire… Fais que je me souvienne de ta mort, ô Monseigneur Jésus ! fais que je te désire et pantelle après toi, fais que je m’abîme en ta gracieuse présence. O très doux Jésus-Christ, moi la pécheresse indigne et pourtant rachetée par ton sang précieux, tienne je suis, et tienne je serai, et dans la vie et dans la mort. Jésus, bien-aimé, plus beau que les fils des hommes, attire-moi jusqu’à toi par les cordes de ton amour, baise-moi des baisers de ta bouche, ton amour est meilleur que le vin… Voici que le Roi m’a portée dans ses chambres. Puissé-je, ô Seigneur, goûter combien tu es doux, et que ta force brûlante et chère — je t’en supplie — me dévore l’âme ! »


II

« Ma mère ne me permettait pas de lire des romans d’amour, nous dit aujourd’hui Mme Resant du haut de ses quarante-sept ans, et faute d’un homme, j’ai aimé le bon Dieu ! » Moralité : un peu de littérature légère n’est pas pour nuire à l’éducation des jeunes personnes. Ceci est peut-être un peu trop simple. Elle devrait ajouter qu’elle avait une belle imagination, une activité d’intelligence insatiable et entraînée par l’éducation de miss Marryal, — elle parlait le français, l’allemand, l’italien, et le