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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/147

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affirme qu’il a fait désinfecter la pièce. Cette opération est très délicate et ne présente aucune garantie dans les villes dont nous parlons, parce qu’on la pratique sans connaissances suffisantes et sans conviction.

Il faut surtout se défier des chambres qui sont couvertes d’un tapis et qui ont des rideaux d’étoffe. Ces tissus sont en effet le réceptacle des poussières ainsi que des microbes que l’expectoration des malades y a mêlés. Les cas de phtisie à marche rapide contractés dans ces conditions par de jeunes sujets absolument sains jusque-là ne sont pas une rareté. Cette crainte éloigne aujourd’hui beaucoup de touristes des localités fréquentées par les malades.

On ne peut en effet accorder qu’un degré de confiance très limité aux assertions des propriétaires des hôtels, et comme on n’a pas de moyens de contrôle, il est plus prudent de s’en aller ailleurs, surtout quand on voyage en famille, avec des jeunes gens ou des jeunes filles. La vue de ces pauvres malades n’a d’ailleurs rien de réjouissant ; leur fréquentation est un peu répugnante et n’est pas absolument sans danger, même en dehors de l’habitation des chambres qu’ils ont occupées.

En général, on quitte le Midi de trop bonne heure. Cela n’a pas d’inconvénient pour les touristes qui jouissent d’une bonne santé : ceux-là viennent en janvier sur le littoral pour assister aux fêtes de toutes sortes qui ont lieu à cette époque et s’en vont quand elles sont terminées. La mode veut qu’on remonte dans le Nord au mois de mars, et les valétudinaires ont le tort de la suivre. Le printemps, dans le centre de la France, est souvent un mythe, tandis qu’il est splendide dans le Midi. Les mois d’avril et de mai sont les plus agréables de l’année. On ne devrait aller vers le Nord, dit le docteur Onimus, que lorsque la lune rousse est passée, parce qu’elle s’accompagne presque toujours d’un retour du froid et des gelées. Les convalescens font bien, avant de revenir à Paris, d’aller faire une étape de retour dans les départemens du Sud-Ouest où la température est alors régulière, ou bien encore en Touraine. Cette partie de la France a souvent de très beaux printemps, et les médecins y envoyaient leurs convalescens avant la création des chemins de fer [1].

La douceur du climat du Midi ne s’arrête pas à la frontière de France. La côte d’Italie, qui fait suite à la nôtre, a bien aussi son charme, et San-Remo jouit, à l’étranger, d’une réputation qui égale celle de Menton. Les collines qui l’abritent ne sont pas très hautes, mais elles sont bien situées. Les arbres qui les

  1. E. Onimus, l’Hiver dans les Alpes maritimes et dans la principauté de Monaco ; Paris, 1891.