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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/145

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vent de nord-ouest qui descend des glaciers de la Suisse, s’engouffre dans la vallée du Rhône, s’élance avec furie sur les côtes de la Provence et sur la mer qui les baigne. Ce vent, le plus violent de ceux qui soufflent sur la France, est tellement froid et tellement sec qu’on ressent son influence même dans l’intérieur des appartenions bien clos, qu’il y fait tousser les personnes dont les bronches sont susceptibles, et provoque parfois des crachemens de sang chez les tuberculeux. Le mistral n’a pas la même intensité sur tous les points de la côte. Il est redoutable dans la vallée du Rhône. Il y déracine parfois les arbres et y renverse les cheminées. C’est un véritable fléau pour Avignon, Arles, Aix, Marseille et même Toulon ; mais à partir d’Hyères, il a déjà perdu de sa force. De Fréjus à Vintimille, il ne se fait sentir qu’à l’ouverture des vallées dans lesquelles coulent les torrens descendus des montagnes de l’Estérel et des Maures. A Nice, le mistral souffle encore avec force le long du Paillon, mais il est moins froid. De Nice à Menton, le vent du nord-ouest est entravé par le Mont-Boron, par la pointe de Saint-Hospice, qui abrite Villefranche, et par le cap Martin. A Monaco et à Menton, il n’est véritablement plus à craindre.

Quand le mistral souffle, l’air est d’une transparence, d’une limpidité admirable, et c’est ce qui le rend dangereux. Séduits par cette brillante apparence, les malades se hasardent à sortir ; ils vont se chauffer au soleil, et lorsqu’ils traversent un coin de rue qu’enfile le mistral et qui est dans l’ombre, ils sont transis jusqu’aux os. Les valétudinaires doivent donc éviter avec soin les villes où ce vent redoutable règne d’habitude et que nous avons citées plus haut. Cannes, le Cannet pour les personnes qui redoutent le voisinage de la mer, Villefranche, Beaulieu, Eze, la Turbie, Menton, sont les points où les malades se rendent de préférence. Nice et Monaco sont le rendez-vous des gens de loisir qui veulent jouir tout à la fois des plaisirs du monde et des charmes d’un beau climat. Je ne parle pas de ceux que le jeu attire à Monte-Carlo : ceux-là sont parfaitement indifférons à tout ce qui est étranger à leur passion. Les gens laborieux qui veulent se refaire dans un endroit agréable et tranquille se rendent volontiers à Saint-Raphaël.

En vantant le climat du littoral méditerranéen, j’ai tâché de me tenir en garde contre les exagérations de l’enthousiasme : il est certain qu’il a ses mauvais côtés. On n’y trouve pas l’uniformité de température qui rogne à Madère, ni la sérénité uniforme des hauts plateaux de l’Indoustan. Beaucoup de valétudinaires éprouvent de cruelles déceptions en y arrivant. Les Méridionaux, pour lesquels les superlatifs sont monnaie courante, leur ont