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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/143

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IV

Indépendamment du mouvement d’émigration qui se produit dans les villes, à l’époque des grandes chaleurs, il en est un autre, moins général et moins régulier, mais qui s’accentue chaque année davantage : c’est la villégiature hivernale. Elle répond à un besoin analogue, bien que moins impérieux. Il est aussi naturel de fuir le froid de l’hiver que d’éviter les chaleurs de la canicule, et déjà la coutume se répand, dans les familles riches qu’aucune obligation ne retient nulle part, de suivre l’exemple que leur donnent les hirondelles, d’aller passer l’hiver dans les régions favorisées par le soleil, et de revenir dans le Nord lorsque ces régions ne sont plus habitables. C’est surtout en Angleterre que ce genre de vie prend faveur. Il y a des causes spéciales. Le climat de la Grande-Bretagne est triste, brumeux et froid ; la capitale est lugubre ; les grandes fortunes y sont nombreuses, et, par le fait même de la situation géographique du pays, les migrations n’ont rien qui épouvante ces insulaires pour lesquels la mer est une seconde patrie et qui regardent le monde entier comme leur domaine. Voilà pourquoi nous trouvons des Anglais sur tous les points du globe. Ce sont les voyageurs par excellence, et la vie d’hôtel ne les effraie pas. En France, et pour des raisons opposées, nous sommes plus attachés au sol ; nous ne trouvons nulle part de pays qui vaille le nôtre. Et puis, la vie errante n’est pas notre fait ; elle est incompatible avec les joies de la famille et les relations sociales durables ; elle est la négation de toute fonction, et ne permet l’accomplissement d’aucun devoir social. Cependant on commence à rencontrer, dans les stations thermales comme sur le littoral de la Méditerranée, quelques familles françaises qui ont rompu leurs attaches et s’en vont ainsi de ville en ville, au gré des saisons, de leurs caprices ou de leurs amitiés de rencontre.

Ce sont encore des exceptions ; mais ce qui devient de plus en plus commun, c’est de voir des hommes très utiles, exerçant des fonctions importantes, qui, par le fait même de l’activité trop grande de leurs occupations, n’ont plus assez de leurs vacances annuelles et ressentent le besoin d’aller passer une ou deux semaines chaque année loin du foyer de leur action. Nombre de médecins à Taris sont aujourd’hui dans ce cas : ils profitent pour s’éloigner des vacances de Pâques, pendant lesquelles on commence à déserter Paris ; parfois même, ils s’en vont au milieu de l’hiver à Cannes ou à Nice. Quelques-uns ont des maisons de campagne à Saint-Raphaêl ou à Beaulieu, et c’est une attraction