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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/132

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sont sédentaires et ne demandent que de l’assiduité. Tel est le cas des hommes de bureau. Ils n’aspirent qu’au mouvement ; ils ont besoin de compenser, par une activité momentanée, la monotonie de leurs fonctions et l’immobilité à laquelle elles les condamnent. Mais le voyage hâtif dont la durée est fixée, dans le cours duquel on n’a pour but que de traverser le plus de pays et le plus de villes qu’on pourra, ce voyage-là n’est pas de la villégiature. Il ne convient ni aux enfans qu’il surmène, ni aux vieillards, ni aux hommes de labeur sérieux auxquels la fatigue est nuisible. Ceux-là doivent aller planter leur tente dans un endroit qui convienne d’abord à leur tempérament et y passer le temps pendant lequel ils peuvent faire trêve à leurs occupations.

Le séjour à la campagne, — à petite distance de la ville qu’on habite et sous le même climat — est le type de la villégiature hygiénique. C’est la forme sous laquelle elle a été pratiquée de tout temps. Les grands soigneurs, et les gens riches ont toujours eu coutume de passer la belle saison dans leurs terres. Ils y trouvent, avec les agrémens du chez soi et leur confortable habituel, les occupations qui leur sont chères et leurs relations de voisinage. Les familles qui ne jouissent que d’une petite aisance sont forcées de louer, pour un mois ou deux, une maison de campagne dans laquelle elles s’installent de leur mieux. Ce campement laisse beaucoup à désirer comme agrément et comme confort ; mais l’hygiène s’en contente, pourvu qu’on n’y soit pas trop à l’étroit et qu’on ait la jouissance d’un petit jardin, ou d’un petit bois, ou d’un simple bouquet d’arbres sous lequel on puisse s’abriter pour passer les belles heures de la journée, pourvu que l’air y soit pur, qu’il n’y ait pas d’usine dans le voisinage immédiat de la maison et qu’il ne passe, sous les fenêtres, ni grande route ni chemin de fer.

Le séjour à la campagne convient à tout le monde et c’est le seul mode de villégiature qui soit dans ce cas. Les personnes très nerveuses, très impressionnables ne peuvent pas en supporter d’autre. Je connais nombre de femmes pour lesquelles le vent âpre et violent des plages maritimes, l’air très vif des montagnes, le bruit et le mouvement des stations thermales sont absolument intolérables. Les organismes épuisés par les inquiétudes et les chagrins, par la succession des impressions trop vives, ne trouvent le calme, le repos, le sommeil, ne renaissent à la vie que dans le silence et la solitude des bois. La tranquillité ne suffit même pas à ces personnes : il faut qu’elles puisent, dans un isolement complet, la certitude que rien ne pourra la troubler, qu’aucune émotion ne viendra les réveiller de la torpeur morale et physique dans laquelle elles sentent le besoin de s’endormir, ne