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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/11

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De l’organisation du suffrage universel


I. LA CRISE DE L’ÉTAT MODERNE


S’il est, — en cette ingrate matière de la politique où personne ne s’accorde sur rien, — un point sur lequel l’accord soit possible aujourd’hui et même assez près d’être fait, c’est que « tout va mal, » ou, comme disent les Espagnols, habitués depuis un siècle à des fins de régime, que « cela s’en va. » Les symptômes en sont très nombreux et frappans, si évidens qu’on se décide à les voir jusque dans les milieux où l’on serait le plus intéressé à s’y méprendre, où l’on aimerait le mieux ne les avoir jamais vus. Déjà les vieux parlementaires, qui n’en sont plus aux illusions, commencent à se frapper la poitrine et à s’accuser, en les regrettant, des fautes qu’eux-mêmes et les autres ont commises. À ces lamentations, discrètes encore, mais perceptibles pour qui prête l’oreille, le pays ne répond que par un grand silence. Le Parlement fait et défait, demande un gouvernement et empêche ou renverse tout gouvernement, affirme et nie, se précipite et s’enfuit, acclame et anathématise : la France en est absente, ou ne bouge pas ; et l’on ne sait ce qui des deux est le plus inquiétant, de ces convulsions du Parlement ou de cette atonie du pays.

Au fond, cette atonie et ces convulsions sont des marques du même phénomène et disent la lassitude de vivre, l’impossibilité de durer ainsi. Seulement, où l’accord cesse tout de suite, c’est