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non plus, leur situation n’est ce qu’elle devrait être ni à leurs propres yeux, ni dans l’Université, ni surtout devant le public. Quoi qu’on ait fait pour eux, on ne les considère pas comme une « institution », mais comme un expédient, — dont encore on serait bien aise de pouvoir se passer. L’administration ne semble avoir senti ni ce que pourrait être la grandeur de leur rôle, ni quelle en est l’importance actuelle. Eux-mêmes ne voient dans leurs fonctions qu’un moyen d’en sortir, et ils ont bien raison, s’il n’y en a guère de plus ingrates. Mais il en pourrait être autrement, et que faudrait-il pour cela? Que l’on comprît, que l’on aidât, que l’on provoquât l’influence de tous les momens qu’ils exerceront sur les enfans, — quand on le voudra.

Et nous nous occuperons enfin des professeurs, qu’à la vérité nous n’accablerons point des lourds écrits de Basedow ou des exemples de Pestalozzi ; dont nous ne ferons point des pédagogues ni des « philanthropinistes ; » mais à qui nous nous contenterons de rappeler que, si l’on est — comment dirai-je? propriétaire ou clubman, — on n’est pas professeur pour soi. Nous leur dirons que leur « métier » n’est pas un « métier » comme un autre, mais qu’ils ont contracté, rien qu’en le choisissant, un engagement de conscience, auquel donc ils ne sauraient manquer sans une espèce de forfaiture. Nous ajouterons qu’ayant pris vraiment charge d’âmes, on ne leur demande point de se transformer en prédicateurs perpétuels de morale, mais ils n’oublieront jamais ce que la moindre de leurs paroles peut remuer de fâcheux dans l’esprit de leurs élèves. Comme d’ailleurs ce n’est pas à propos du carré de l’hypoténuse ou de la formation des doublets dans la langue française, qu’ils auront lieu d’appliquer ces conseils, nous essaierons de rendre à l’éducation littéraire quelque chose au moins de son ancien prestige. Et si l’on se récrie sur ce mot, si l’on nous accuse de vouloir former des « rhéteurs » et des «beaux esprits», nous nous moquerons des clameurs; nous prendrons nous-même l’offensive; et nous répondrons en montrant quelques-uns des dangers d’une éducation purement « scientifique ».

Ils sont nombreux et ils sont graves.

Qui donc reprochait à Auguste Comte de n’avoir jamais connu ni seulement entrevu « l’infinie variété de ce fond multiple, fuyant, capricieux et insaisissable qui est la nature humaine? » C’est Ernest Renan. Il ajoutait encore : « M. Comte croit bien comme nous qu’un jour la science donnera un symbole à l’humanité; mais la science qu’il a en vue est celle des Descartes, des Galilée, des Newton... L’Évangile, la poésie, n’auraient plus ce