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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/953

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 octobre.


Nous sommes à la veille de la rentrée des Chambres, et, bien que les débats qui s’annoncent paraissent devoir être très vifs, l’état général des esprits est des plus calmes. Il y a évidemment une grande disproportion entre les besoins du pays et ceux des politiciens. Le pays demande de la tranquillité et une bonne administration ; les politiciens ne peuvent se passer de mouvement et de bruit. Quand même elle ne serait pas positivement contagieuse, leur lièvre produit des effets de répercussion dont il faut bien s’occuper. Les vacances sont finies, la lutte va commencer, et on l’ait prévoir une telle avalanche d’interpellations que jamais encore il n’y en aura eu de pareille. Les bons esprits cherchent un moyen d’arrêter, ou du moins de canaliser ce flot envahissant ; nous ne sommes pas bien sûrs qu’ils l’aient encore trouvé. On a proposé un certain nombre de modifications au règlement ; mais aucune n’est sans inconvéniens. La question est-elle, vraiment, du domaine réglementaire ? Ne se rattache-t-elle pas plutôt aux mœurs mêmes de la Chambre et n’est-ce pas là qu’il faudrait porter la réforme ? Lorsque la Chambre le voudra, il lui sera facile, sinon d’écarter, au moins d’écourter les interpellations, et, d’accord avec le gouvernement qui peut y répondre pour la forme et en deux mots, de les réduire à presque rien. Mais il faut qu’elle le veuille sérieusement, d’une volonté permanente et qui s’applique à toutes les circonstances particulières. C’est déjà de la faiblesse ou du moins de la défiance envers soi-même, que de compter sur le règlement pour se protéger et de le hérisser artificiellement de chevaux de frise. Le débat qui aurait bleu à ce sujet serait des plus pénibles ; le résultat en serait incertain ; et quand même il aboutirait à un vote restrictif, rien ne prouverait que les dispositions nouvelles qu’on aurait introduites dans le règlement seraient appliquées dans l’esprit où elles auraient d’abord été conçues. Certaines victoires parlementaires jettent un profond désarroi parmi ceux qui les gagnent, et paralysent dans leurs mains les armes dont ils croient s’être assurés. Cela s’est vu pour des articles de loi : à plus forte raison pourrait-il en être de même pour des articles de régle-