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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/942

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Revues étrangères - Revues américaines


La correspondance d’Edgar Poe.


Au lendemain de la mort d’Edgar Poe, en novembre 1849, un auteur américain qui avait été autrefois son collaborateur, M. C.-F. Briggs, écrivait dans une revue de New-York :

« Le Révérend Rufus W. Griswold doit faire paraître prochainement une biographie de M. Poe, avec une édition complète de ses œuvres. Mais beaucoup de temps se passera encore avant que le vrai caractère du triste poète soit exposé, dans sa nudité, aux regards du public. Un scrupule généreux porte tous ceux qui l’ont intimement connu à ensevelir dans l’ombre de l’oubli ses faiblesses, ou plutôt tous les traits distinctifs de sa personnalité, et à insister uniquement sur sa production littéraire. M. Poe a été, cependant, un véritable phénomène psychologique ; et une claire et impartiale analyse de son caractère amènerait, je crois, plus de bons que de mauvais effets. Mais quand se trouvera-t-il un homme assez hardi pour oser entreprendre d’aussi graves révélations, au risque des plus violons reproches et des soupçons les plus injurieux ? »

M. Briggs ne se doutait pas, apparemment, que cet homme courageux était déjà tout trouvé au moment où il le cherchait, et que le même Révérend Rufus Griswold, qui s’était chargé de publier une biographie d’Edgar Poe et une édition complète de ses œuvres, avait entrepris en même temps « d’exposer dans sa nudité aux regards du public le triste caractère du poète. « Entreprise d’autant plus hardie, si l’on veut, mais en tout cas d’autant plus singulière de la part de Griswold, que ce révérend homme avait été expressément désigné par