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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/919

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d’hypnotisme qui nous ont fait connaître les premiers et les meilleurs exemples de ces illusions singulières, qui consistent à ne pas voir, ne pas entendre, ne pas sentir, et qui abolissent la perception soit d’une classe d’objets, soit d’un objet particulier. Supposons un objet bien réel, matériel, palpable, placé devant le sujet hypnotisé ; c’est par exemple une des personnes qui assistent à l’expérience ; on commande au sujet de ne pas voir cet assistant ; et cela suffit pour que ce dernier disparaisse, devienne en quelque sorte invisible. Ce second genre d’illusion est plus subtil, plus difficile à comprendre que le premier ; les auteurs n’en ont pas encore donné, il faut bien l’avouer, une explication absolument satisfaisante. On ne sait pas ce qui se passe dans l’esprit du sujet hypnotisé auquel on commande de ne pas voir une personne ; on a quelque peine à comprendre le procédé par lequel cet hypnotisé, tout en restant sincère avec lui-même, sans feindre ni jouer la comédie, peut arriver à ne pas voir une personne qu’il a devant lui, et dont il connaît parfaitement bien la présence. Les illusions négatives sont fréquentes dans les séances de prestidigitation ; nous allons rechercher par quels moyens on peut empêcher une personne saine d’esprit, et en possession d’elle-même, d’apercevoir certains objets placés devant ses yeux.

Ces objets qu’il faut soustraire à l’attention de tous varient suivant les circonstances ; dans certains tours, c’est un coin de table de l’escamoteur ; dans d’autres tours, c’est un gobelet, un paquet de cartes ; le plus souvent, ce sont les mains même du prestidigitateur que le public ne doit pas regarder avec trop d’attention. On comprend qu’il n’est pas toujours facile de se soustraire à la surveillance des assistans ; le public vient au spectacle pour voir, et tous les yeux sont fixés, dès que le rideau se lève, sur l’artiste en scène ; l’artiste est éclairé en dessous par une rampe, et sur la table d’escamotage tombe la lumière crue du gaz et de l’électricité ; le théâtre entier est brillant de lumière et presque sans ombres. Comment empêcher les spectateurs de porter leur attention sur le point particulier où va se produire le prestige ?

Pour y arriver, les prestidigitateurs ont tiré parti d’une loi psychologique que sans doute ils ne connaissent pas et n’ont jamais entendu formuler en termes explicites ; toute la prestidigitation, nous l’avons dit, repose sur la psychologie. Nous venons de montrer comment la loi de l’association des idées explique les illusions positives. Ce qu’on peut désigner sous le nom d’illusions négatives s’explique par cette autre loi qui peut se formuler ainsi : nous avons une tendance à ne percevoir que les objets extérieurs qui éveillent notre attention. Toute perception est un choix, un