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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/917

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en le tenant avec deux doigts, puis ces deux doigts doivent se fléchir doucement de manière à pousser l’objet dans sa cachette.

Le nombre d’objets qu’on peut tenir à l’empalmage dépend de beaucoup de circonstances ; il varie suivant que les pièces sont vraies ou fausses, qu’elles sont rattachées ensemble avec un fil, qu’elles ont été escamotées ou non, qu’on peut tenir dans la main une baguette ou un foulard, que la main doit rester ouverte ou peut être à demi fermée ; dans le tour qu’on appelle la chasse aux pièces, on garde jusqu’à 12 pièces à la fois, mais la main est presque fermée. Un bon prestidigitateur, bien exercé, peut tenir 5 pièces de 5 francs avec la main pendante et assez libre de mouvemens pour remuer le bras, gesticuler, couper le jeu, etc. Ceci posé, voici la description complète d’un acte d’escamotage, pris parmi plusieurs variétés. J’emprunte cette description à Poncin, qui est véritablement l’auteur classique de cet art :

« Prenez la muscade avec le pouce et l’index de la main droite. Pliez l’index, ce qui le fait reculer en faisant rouler un peu la muscade, qui doit alors poser sur la première phalange du médius. Ramenez l’annulaire en dedans de la main pour donner plus d’écartement entre lui et le médius. Roulez avec le pouce la muscade dans cet écartement, relevez l’annulaire, et cette muscade doit se trouver placée juste entre les premières phalanges du médius et de l’annulaire, et contre les racines de ces deux doigts. »

Ce mouvement d’escamotage, s’il se présentait isolément, passerait complètement inaperçu, parce qu’il s’accomplit en dehors de la vue du public, vers lequel on tourne le dos de la main ; et quoique celle-ci retienne un objet à l’empalmage, elle conserve une attitude de demi relâchement qui exprime le repos et l’inactivité. Mais ce qui augmente considérablement l’illusion, et lui donne même un effet irrésistible, c’est que, tout en escamotant la muscade avec la main droite, on fait le geste de la mettre dans la main gauche ; on rapproche les deux mains, en décrivant si c’est nécessaire un demi-cercle pour augmenter le trajet et donner plus de temps à l’empalmage ; puis dès qu’on a touché la paume de la main gauche avec les doigts de la main droite, on ferme la main gauche, en prenant l’attitude de quelqu’un qui tient un objet et ne veut pas le laisser échapper.

Ce geste suffit déjà à donner à ceux qui le regardent l’illusion que l’objet est réellement dans la main gauche ; et l’illusion sera d’autant plus parfaite que le prestidigitateur se montrera meilleur comédien. On conseille aux artistes de répéter l’acte souvent devant la glace pour se rapprocher autant que possible du naturel. En outre, ce qui augmente l’effet de l’acte, c’est la