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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/916

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l’observation scientifique, être complètement dupes du tour. Les sauvages, à ce que rapporte Robert Houdin, n’échappent pas davantage à l’illusion, et ils se l’expliquent en supposant au prestidigitateur un pouvoir surnaturel. Enfin, on peut ajouter que même les animaux sont sensibles à l’illusion de l’escamotage : j’en ai souvent fait l’expérience sur des chiens, en escamotant des friandises qui excitent suffisamment leur intérêt pour les rendre attentifs aux tours.

L’escamotage n’est point abandonné au caprice ou à l’initiative de chacun ; cette opération fondamentale se fait d’après des règles précises, connues depuis une centaine d’années, et auxquelles on n’apporte plus aucune modification, comme si du premier coup on avait atteint la perfection. On apprend aujourd’hui à escamoter comme on apprend la danse et le piano. La position qu’il faut donner aux doigts est assez compliquée, et pour la bien saisir, pour exécuter l’escamotage sans boîte, sans fil caché, avec le seul secours de son adresse, ce qui est le triomphe du vrai prestidigitateur, il ne faut pas seulement des jours d’exercice devant la glace, mais des mois et des années. Nous ne pensons point sortir de notre sujet en donnant une description un peu attentive de cet escamotage, parce que l’illusion qui en résulte est entièrement psychologique. Beaucoup de personnes pensent que la suppression des objets se fait avec les manches : cette opinion fausse a été souvent combattue, mais elle est tenace. La vérité est qu’à part quelques expériences de tirage, comme celle de la cage éclipsée, on se sert très rarement des manches pour escamoter. Un des plus fameux escamoteurs, Bosco, travaillait les bras nus.

Toute l’opération consiste à retenir l’objet dans une main en faisant semblant de le mettre dans l’autre ; la main qui retient l’objet le cache dans la paume.

Les prestidigitateurs s’exercent longuement à retenir de cette manière de petits objets d’abord, comme des bouchons, des muscades, des pièces de monnaie, puis des objets plus volumineux, comme des boules de billard et des œufs. Il y a différens procédés pour retenir l’objet captif dans la paume de la main ouverte ; et les gens du métier distinguent plusieurs espèces « d’empalmages » qui se font soit simplement avec la paume de la main, soit avec le concours de la première phalange des doigts ; on peut retenir la muscade par exemple entre la racine du médius et celle de l’annulaire, et de différentes autres façons ; chacun a ses préférences. Le difficile paraît être surtout de faire glisser l’objet destiné à disparaître jusqu’à l’endroit où il doit être retenu. On le montre d’abord