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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/908

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commune, consacrée au libre esprit de charité qui rassemblera toutes les sectes chrétiennes et où les liturgies de tous les âges auront leur place, sans préjudice des manifestations improvisées. Les espérances du docteur Vincent ne s’arrêtent pas, on le voit, au « Chautauqua local et littéral », elles embrassent le « Chautauqua des idées et des inspirations », si haut placé qu’il n’est plus de la terre. Ce naïf et généreux enthousiaste aurait pu rivaliser avec Pierre l’Ermite, et c’est une croisade moderne qu’il prêche en effet. Chautauqua a maintenant de tous côtés des succursales, — résidences d’été dont on vante pêle-mêle les ressources diverses : culture, religion, musique, promenades et restaurans. L’élan qu’a su donner l’évêque Vincent est au fond le même qui amena jadis les revivais, les réveils spirituels, et il s’est produit sous les mêmes influences méthodistes, mais étendues cette fois à toutes les églises comme à toutes les branches du savoir humain. Le goût de l’Amérique pour ce qui est sketchy, esquissé à la légère, pourvu que le dessin soit immense, illustré de réclames, favorable au commerce et coloré à souhait, doit se donner carrière parmi les 200 000 Chaulauquans qui se vantent d’avoir des adeptes jusque dans l’Inde, le Japon, l’Afrique du Sud et les îles du Pacifique ; mais on ne peut nier que ce campement d’un peuple, autour de la science, fût-elle vulgarisée à l’excès, n’ait de la grandeur. Il faut, quoi qu’on puisse penser d’un certain abus de fanfares, saluer l’homme de bien qui a dit : « C’est la mission du vrai réformateur, du vrai patriote, du vrai chrétien, d’offrir la science et la liberté, la littérature, l’art et la vie religieuse, à tout le peuple, partout. »


TH. BENTZON.