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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/907

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un peu trop bruyamment peut-être ; mais, s’il est vrai que la fin justifie les moyens, il faut tout pardonner à l’évêque Vincent.

Persuadé que la vie est une école, avec des influences éducatrices qui agissent du berceau à la tombe, il veut favoriser ces influences en tenant compte des capacités de chacun et des circonstances qui l’environnent. Toute science nous conduit à Dieu pourvu que nous la reportions à lui. Il n’y a pas d’âge qui n’ait le devoir d’aspirer au développement de l’intelligence. Quiconque, dans la vieillesse même, sentie besoin d’une direction en ce genre y a droit autant que les plus jeunes, et une récompense équitable doit être donnée à ses efforts. L’assemblée de Chautauqua ajoute donc au travail par correspondance une réunion annuelle favorisant des classes et des examens qui aboutissent à une sorte de diplôme. Cette assemblée s’ouvre le premier mardi d’août et dure plusieurs semaines dans un site qui attirerait la foule par ses seules beautés pittoresques. Je ne m’y suis malheureusement pas trouvée à l’époque où la multitude partie du Temple et de Jérusalem, ou bien descendue des bateaux qui sillonnent le lac, monte à travers le bois sacré de Saint-Paul jusqu’au hall qui forme le centre du cercle enchanté pour assister aux exercices dits de la Table-Ronde, lesquels commencent toujours par une prière et se terminent par des hymnes. Laissons parler M. John Vincent [1] :

«… Chaque chaise est occupée, longtemps avant l’heure ; des bancs sont traînés dehors, des châles étendus sur le sol. Un grand nombre reste debout. C’est un beau spectacle que cette masse humaine pressée autour de l’édifice tout blanc, dans la verdure des arbres, avec le lac un peu plus loin et les rayons du soleil couchant qui se jouent sur le feuillage mobile, sur toutes ces figures illuminées. On pense malgré soi, en écoutant, à un autre lac au bord duquel la parole fut distribuée à des hommes de bonne volonté. »

Il y a un apôtre chez l’évêque Vincent, et aussi un voyant qui vit dans la contemplation d’un Chautauqua quasi céleste où, par la grâce de l’électricité, les populations de l’avenir seront transportées en un clin d’œil pour assister aux merveilles perfectionnées du téléphone, du phonographe, du microphone, etc. ; où les flammes changeantes des fontaines lumineuses se mêleront aux eaux vives du lac ; où toutes les langues seront enseignées par des méthodes naturelles, chacun pouvant voyager dans les quartiers allemand, français, italien et autres qui feront de cette université modèle un monde. Chacun pourra de même entrer dans une église

  1. The Chautauqua movement, by John H. Vincent, Chautauqua press, Boston.