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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/888

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situé, offre tant d’avantages : un climat très doux, une société cultivée, le voisinage d’une université, de nombreuses bibliothèques, des galeries d’art comme celle de M. Walters qui, livrée au public à certaines dates, réunit en grand nombre les plus beaux échantillons de l’école moderne française, le conservatoire de musique enfin, que l’on doit avec tant d’autres dons à la munificence de M. Peabody. La construction du collège de femmes atteste aussi cette générosité individuelle dont on rencontre partout le témoignage en Amérique. C’est le Révérend John Goucher qui fit élever l’imposant hall de style roman où les laboratoires occupent tout un étage, tandis que le reste est dédié aux classes, aux salles d’assemblée, aux collections minéralogiques, botaniques, paléontologiques, etc. C’est M. B.-F. Bennett qui, en mémoire de sa femme, y ajouta le bâtiment massif de même style qui, consacré au développement physique, renferme la piscine de natation et un gymnase d’après les méthodes suédoises, lesquelles sont en train de détrôner presque partout en Amérique les méthodes allemandes : les professeurs qui surveillent les exercices appartiennent à l’Institut Royal de Stockholm, et les fameuses machines Zander sont employées pour corriger par le mouvement tout ce qui est chez l’élève difformité ou faiblesse. Chaque année on mesure le progrès obtenu en ce qui concerne la capacité des poumons et, la force des muscles.

Deux corps de logis séparés offrent aux pensionnaires une installation pour ainsi dire familiale. Je remarque, en les visitant, que les salles à manger sont, ainsi que les cuisines, placées aux étages supérieurs pour éviter toute odeur ; le mouvement perpétuel de l’ascenseur empoche que cette disposition offre aucun inconvénient. Les jeunes filles mangent par petites tables de huit. Je cause avec plusieurs d’entre elles, jolies comme toutes les Baltimoriennes ont la réputation de l’être, et d’une vivacité, d’une grâce décidément méridionales. Pas ombre en elles de ce pédantisme un peu hautain que j’ai quelquefois remarqué au Nord. Elles savent aussi mieux tourner un compliment : j’aborde ici le Sud, je sens déjà les affinités qui existent entre cette partie de l’Amérique et la France.

Cependant, malgré les influences religieuses qui ont présidé à la fondation du collège, la liberté personnelle est à peu près aussi grande qu’ailleurs : seulement il y a défense d’aller au théâtre ou au bal, de boire du vin, de jouer aux cartes, mais tous les mois ces demoiselles donnent une soirée sous la direction de la dame chargée des soins de leur ménage, et chacune d’elles a le droit d’inviter un ou plusieurs amis.