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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/879

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Les frères vont à l’Université, les sœurs prétendent y aller aussi. Depuis longtemps les établissemens d’éducation soit publics, soit privés, high schools ou académies, ne leur suffisent plus, elles veulent se mettre en mesure d’aborder toutes les carrières autrefois réservées à l’homme. J’ai déjà dit, je crois, que les grands mouvemens de la vie contemporaine des femmes en Amérique se manifestaient par le club et par le collège : l’association et la culture. Le pays commence à se couvrir de bachelières, de licenciées, de doctoresses.

Je fus invitée à Boston dans un club de graduées. J’ai le souvenir confus d’avoir donné là une centaine de poignées de main. Cette foule de jeunes filles parées de brevets était véritablement imposante, mais je ne pouvais m’empêcher de penser : « Que fait-on de cela au logis ? » J’oubliais que l’Amérique est un monde ; que les écoles y sont semées très épais ; et que pendant bien des années encore on n’aura jamais assez de professeurs. Toutes les jolies personnes qui me parlaient à la fois de Vassar, de Smith, de Wellesley, de Harvard, de Bryn Mawr où elles avaient pris leurs degrés étaient aussi gaies que si elles n’eussent pas été surchargées de science ; la présence des hommes n’aurait rien pu ajouter à leur intarissable entrain ; elles se suffisaient parfaitement à elles-mêmes, croquant des gâteaux, des sandwiches et buvant un thé fantaisiste, où dominait le citron. « Que devient le fameux flirt ?… » demandai-je à une amie. Elle se mit à rire et répondit : « Ce ne sont pas les mêmes ; mais il n’y a pas à se le dissimuler, le flirt diminue à mesure que s’accentue la culture. Beaucoup de filles ne se soucient plus de se marier ; en fait de conquêtes elles visent à l’indépendance. » — D’autres m’ont assuré au contraire que tous les diplômes du monde n’empêchaient pas la nature de suivre son cours et que l’éducation universitaire était celle qui pouvait le mieux préparer une femme aux devoirs de la vie, quel que fût le chemin qu’elle dût choisir. Je crois volontiers la première partie de cette assertion, je ne suis pas aussi sûre de l’absolue vérité de la seconde, mais je laisse à mes lecteurs le soin d’en décider, après un coup d’œil jeté sur quelques collèges.

Ils sont généralement fondés dans le proche voisinage, et sous l’aile pour ainsi dire des universités les plus fameuses. C’est ainsi qu’à New-York le collège de Barnard se rattache à celui de Columbia ; c’est ainsi que, grâce à l’annexe féminine de Harvard, 263 jeunes filles, privilégiées entre toutes, sont admises à respirer dans la cité académique par excellence cette atmosphère de New-Cambridge qui a mûri tant de belles intelligences et fait germer