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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/862

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protégeant Michel-Ange, il organisa la compagnie de Jésus et créa l’Inquisition. Sous son règne les fêtes publiques elles-mêmes prirent un caractère d’orthodoxie rigoureuse, et sur les chars du carnaval de 1545 on voyait la Papauté foulant aux pieds l’Hérésie.

Jules III, le premier protecteur de Palestrina, sortit pour un instant de la voie tracée à l’Eglise par son prédécesseur. C’était, au dire d’un écrivain d’alors [1], un nomo inetto, e tutto intento ai suoi riposi. Mais Paul IV reprit en main l’œuvre de réaction, et plus ardent que jamais l’esprit de rigueur souffla sur la cité de Dieu. « Le dominicain Ghislieri (depuis Pie V) fut nommé inquisiteur général de toute la chrétienté. Toute relation accidentelle avec les hérétiques fut punie : la première fois d’une amende, la seconde fois de la prison, de l’exil ou de la mort. Un contemporain a prétendu que si on réunissait en un lieu tous les livres qui furent brûlés, on aurait un incendie pareil à celui de Troie [2]. » Paul IV voulut faire détruire comme indécente la fresque du Jugement dernier. Sur les instances de quelques amis, il se contenta d’en faire couvrir les nudités par Daniel de Volterre, d’où vint à celui-ci le surnom de Braghettone, le culottier. L’histoire atteste la nature farouche, implacable, l’âme en quelque sorte consumée par la colère, collerica e adusta [3], du vieux pontife. Giovanni Pietro Carafa, le cardinal théatin, comme on l’appelait, avait soixante-dix-neuf ans quand il ceignit la tiare. Jamais les temps n’avaient été plus difficiles [4]. L’Eglise continuait d’être menacée à la fois dans ses croyances et dans ses domaines. Politiques et religieuses, elle connut alors toutes les inquiétudes. L’Italie était le théâtre et l’enjeu d’une perpétuelle bataille. Elle ne subissait plus seulement des maîtres étrangers ; elle les appelait. Quant à l’orthodoxie, le concile de Trente, la compagnie de Jésus et l’Inquisition suffisaient à peine à la défendre. La réforme gagnait du terrain chaque jour ; chaque jour une partie du troupeau se retirait du pasteur. La moitié de l’Allemagne appartenait à Luther ; la Suisse peu à peu se donnait à Calvin ; en France, dans les Pays-Bas, apparaissaient des symptômes et comme des taches suspectes. Pouvoir temporel, pouvoir spirituel, tout était en butte, tout était en proie.

Aux deux périls Paul IV essaya de tenir tête. Après avoir été d’abord un pontife belliqueux et politique, il résolut à la fin de n’être plus qu’un pontife pieux. « On vit tout à coup reparaître

  1. Pietro Nores.
  2. M. É. Ollivier, op. cit.
  3. Navagero.
  4. Nous empruntons la plus grande partie des détails qui suivent au remarquable ouvrage de M. George Duruy : le Cardinal Carlo Carafa (1519-1561). Étude sur le pontificat de Paul IV ; Paris, Hachette.