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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/856

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aux cardinaux de réformer, suivant l’esprit du concile de Trente, certaines charges ou offices du Saint-Siège. Parmi ces offices figure la Camera apostolica, d’où les chanteurs pontificaux dépendaient. De tout ce qui concernait la Camera, l’examen ayant été spécialement attribué aux deux cardinaux Vitellozzo et Borromée, ceux-ci prirent en effet à l’égard des chanteurs certaines décisions, mais exclusivement disciplinaires, relatives à des questions de traitement, d’amendes ou de bénéfices, et parfaitement étrangères à la musique. D’une messe que la commission aurait commandée à Palestrina, on ne trouve trace nulle part. Le journal de la chapelle pontificale rapporte bien que le 28 avril 1565 les chanteurs, réunis chez le cardinal Vitellozzo, y exécutèrent quelques messes, ad probandum si verba intelligerentur prout Reverendissimis placuit ; » mais rien ne dit quelles étaient ces messes, ni si Palestrina assista à cette épreuve, ni si les cardinaux s’en déclarèrent satisfaits. Enfin le même journal, à la date du 19 juin 1565, enregistre seulement la célébration de la messe par le cardinal Borromée dans la chapelle Sixtine, en présence du pape ; il ne relate aucunement l’audition solennelle en ce jour d’une messe quelconque de Palestrina.

Mais alors quelles messes auraient donc été exécutées devant les cardinaux ? De certains documens que n’a pas connus Baini, le docteur Haberl conclut que ce dut être plusieurs messes, composées par des musiciens divers : par Animuccia par exemple, peut-être par Palestrina ; toutes d’ailleurs aussi conformes aux exigences du concile que cette Messe du pape Marcel à laquelle on a toujours injustement rapporté l’honneur intégral de la réforme. Il est possible que Palestrina l’ait fait entendre aux cardinaux ce jour-là ; il est certain qu’elle ne lui avait pas été commandée par eux. Le docteur Haberl suppose qu’elle fut composée plus tôt, entre 1551 et 1554, antérieurement au pontificat de Marcel II, dont un jour elle devait recevoir le nom. En tout cas, elle n’a été publiée sous ce titre qu’en 1567, et elle se trouve, antérieurement à cette publication et sans dédicace, dans les archives de Sainte-Marie-Majeure et de la chapelle Sixtine. Pourquoi donc Palestrina la dédia-t-il rétrospectivement au pape Marcel ? Parce que celui-ci, lorsqu’il n’était encore que le très artiste et très lettré cardinal Marcello Cervino, s’était souvent entretenu avec Palestrina, qu’il protégeait, des réformes depuis longtemps nécessaires et réclamées. Monté sur le trône pontifical, il les eût accomplies, mais la mort ne lui en laissa pas le temps. Palestrina se souvint que du moins il les avait souhaitées, et si douze ans plus tard lui-même consacra l’une de ses messes à la mémoire de Marcel II, ce fut pour rendre à de nobles intentions un hommage fidèle et reconnaissant.