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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/79

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L’école normale supérieure en 1848


I

Les journées de février 1848 ne surprirent pas les élèves de l’École normale supérieure. La révolution était dans l’air. La lecture toute récente des Girondins familiarisait les esprits avec les scènes révolutionnaires. Le journal d’Emile de Girardin, la Presse, que beaucoup d’entre nous lisaient chaque jour, semait dans la bourgeoisie, qui avait été jusque-là le principal appui de la dynastie, des germes de défiance et de désaffection. L’impopularité croissante de M. Guizot entraînait celle du roi, que ne défendait plus le prestige du duc d’Orléans. Les deux princes populaires, le prince de Joinville et le duc d’Aumale, servaient très noblement la France au loin, mais leur éloignement même affaiblissait la dynastie.

Dans la population parisienne, dans la garde nationale particulièrement, si longtemps dévouée au roi, presque personne ne prenait plus sa défense. Les partisans de la république y étaient à coup sûr en minorité ; seulement ils avaient la foi et l’audace qui manquaient de plus en plus aux partisans de la monarchie. Celle-ci s’écroula parce qu’elle ne trouva d’appui nulle part. La grande majorité des Parisiens ne souhaitait pas la révolution et n’y travailla pas. On laissa faire par indifférence et par détachement. Une fois de plus quelques hommes énergiques décidèrent