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parlé, a montré toute sa mauvaise volonté ; même dans une question de pure forme, il refusait de nous prendre pour intermédiaires avec les consuls étrangers. En 1890, au moment du règlement des affaires de Zanzibar, nous avons obtenu de l’Angleterre, en échange de nos renonciations sur ce point de l’Afrique, qu’elle reconnût notre protectorat sur Madagascar avec toutes ses conséquences. C’est une précaution que nous avons bien fait de prendre avec la seule puissance qui ait, comme nous, des intérêts sérieux dans la grande île ; mais il aurait été prudent de la tenir secrète et de ne nous en prévaloir qu’au moment opportun. Les Malgaches y ont vu une menace, et, si nous avons cru qu’ils en seraient intimidés, nous nous sommes complètement trompés. A partir de ce moment, les difficultés avec eux ont pris un caractère de plus en plus aigu ; elles se sont multipliées et sont devenues insolubles. Enfin l’heure a sonné où notre résident général a déclaré que la situation n’était plus tenable et où il a demandé son rappel.

Avant de rompre avec le gouvernement malgache et d’arrêter ses résolutions dernières, M. le ministre des Affaires étrangères a cru devoir faire une nouvelle tentative de conciliation : il a envoyé M. Le Myre de Vilers à Tananarive. On le lui a reproché, et un assez grand nombre de journaux se sont efforcés, soit de discréditer par avance la personne de notre envoyé extraordinaire, soit de condamner sa mission comme une perte de temps inutile. Il aurait pourtant été difficile de faire un meilleur choix que M. Le Myre de Vilers. Le rôle qu’il a déjà joué à Madagascar, où il a été notre premier résident général, la connaissance qu’il possède des choses et des hommes à Tananarive, l’expérience que les Hovas ont faite de sa fermeté et aussi de sa modération, l’heureux succès de la mission récente qu’il a remplie au Siam, tout le désignait à la confiance du gouvernement. Nul n’était plus capable que lui de réussir, et il faut souhaiter qu’il réussisse.

On est stupéfait lorsqu’on fit dans certains journaux tout ce qu’ils racontent complaisamment sur l’extraordinaire fertilité de l’île de Madagascar et sur la facilité qu’y présente l’établissement de notre domination. Il y a beaucoup d’exagération sur le premier point et une légèreté impardonnable dans tout ce qu’on dit du second. La vérité est qu’une expédition à Tananarive est une affaire grave, pénible, onéreuse, dont nous viendrons à bout évidemment ; qui pourrait en douter ? mais à la condition d’y consacrer beaucoup d’hommes et beaucoup d’argent. Lorsqu’on pense qu’il n’y a pas la moindre route dans toute l’île ; que nos soldats devraient en ouvrir une à mesure qu’ils avanceraient, soit pour passer eux-mêmes, soit pour faire passer leurs canons et leurs fourgons ; qu’ils iraient dès lors très lentement, à travers un des pays les plus fiévreux du monde ; qu’ils seraient continuellement harcelés par l’ennemi ; qu’ils devraient maintenir avec soin des communications avec la mer, tant pour évacuer leurs malades que pour se