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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/720

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fonctionnaires qui font partie de cette commission n’aient pas encore envoyé leur démission à son président. Il est vrai que l’un d’eux est cet extraordinaire chef de division qui, chargé par M. le préfet de la Seine de notifier sa révocation à M. Robin, a réuni autour de lui les élèves de Cempuis pour leur parler en termes émus de la reconnaissance qu’ils devaient à leur directeur. Il était impossible, tout en exécutant la mesure prise par son préfet, de la blâmer plus ouvertement. A la suite de la protestation de la commission de surveillance, M. Robin a déclaré qu’il était chez lui à Cempuis et qu’il n’en sortirait que par la puissance des baïonnettes. Le Conseil municipal de Paris, qui est, comme on le sait, proche parent du Conseil général de la Seine, l’a d’ailleurs encouragé à la résistance par l’entremise de ses principaux membres. Pendant plusieurs jours, la presse a été remplie de conversations de journalistes et de conseillers municipaux : tous ces derniers déclaraient avec colère que M. Robin était une innocente victime du cléricalisme, mais qu’on saurait le défendre et qu’il resterait à l’orphelinat Prévost, faute de quoi, le Conseil général supprimerait le crédit qui fait vivre l’établissement, et celui-ci deviendrait ce qu’il pourrait. Sit ut est, disaient-ils en répétant un mot célèbre, aut non sit ! Il n’y a certainement pas heu d’être en peine de la manière dont se terminera, entre le gouvernement et le Conseil municipal ou général, un conflit dont le chantre du Lutrin serait seul digne de raconter les péripéties. A coup sûr, force restera à la décision du ministère et du préfet de la Seine ; mais, en attendant, M. Robin est à Cempuis ; il se cantonne dans ses appartemens ; il brave ouvertement l’autorité. C’est un triste exemple qu’il donne à ses élèves, pour compléter les enseignemens de tous les genres qu’il leur a déjà prodigués. On se demande ce qui peut se passer dans le cerveau des orphelins de Cempuis, et quelles idées d’aussi singulières leçons de choses doivent y faire entrer pêle-mêle ! Il serait temps d’en finir avec une comédie qui ne saurait se prolonger sans devenir, pour les pupilles de la Seine, une nouvelle école d’immoralité.

Si nous n’avons pas parlé, il y a quinze jours, du discours que M. Crispi a prononcé à Naples et des circonstances qui l’ont accompagné, c’est parce que ce discours n’était important que par l’effet qu’il devait produire, et que nous voulions donner à celui-ci le temps de se manifester. L’impression a été des plus vives ; toutefois, il serait difficile de dire ce qu’il en subsiste aujourd’hui. Il semble que M. Crispi ait cédé surtout à ce besoin d’étonner qui fait partie de son caractère, ou peut-être à une de ces impressions véhémentes qui ne sont pas rares chez nos voisins d’Italie, mais qui passent vite, et où il serait dangereux de chercher l’indication d’une idée préconçue et encore moins d’une conduite arrêtée en vue d’être suivie. Quoi qu’il en soit, rien n’a confirmé les espérances que le discours de Naples a fait