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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/672

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toutes par la douceur de son climat, par la diversité des cultures dont elle est susceptible, et surtout par les inépuisables richesses métalliques qu’elle passe pour receler dans son sein. La mise en valeur et l’exploitation de cette nouvelle acquisition de l’Angleterre ont été confiées par une charte royale à une compagnie privée qui s’est constituée sous les auspices de sir Cecil Rhodes, et qui, grâce aux puissantes ressources financières dont elle dispose, pourra sans nul doute mener à bonne fin l’œuvre de progrès et de civilisation qu’elle a entreprise. C’est sur les domaines de cette compagnie que sont situées la plupart des ruines dont nous allons parler, et qui offrent un si grand intérêt, au point de vue archéologique.

On ne saurait en effet s’arrêter un instant à l’idée que ces monumens puissent être l’œuvre des populations noires de l’Afrique, et il est certain que la race nègre a traversé les siècles passés dans le même état de barbarie où nous la retrouvons aujourd’hui. Ils sont donc incontestablement l’œuvre d’un peuple relativement civilisé qui s’est implanté dans le pays par la force et s’est vu dans la nécessité d’élever ces forteresses pour pourvoir à sa défense contre la population locale qui lui était hostile ; et aussi peut-être pour mettre à l’abri de toute atteinte les richesses qu’il retirait de l’exploitation des mines d’or. Cette opinion concorde du reste avec une tradition qui s’est transmise chez les indigènes et qui attribue ces constructions « à des hommes blancs portant de longs cheveux noirs et sachant tout faire. » Quoi qu’il en soit, nous sommes convaincu que la philosophie de l’histoire ne pourra que gagner à l’étude méthodique et approfondie de ces singuliers édifices et que cette étude jettera peut-être une lumière inattendue sur l’évolution encore peu connue de certaines races humaines sur le globe.


I

Depuis longtemps, on avait constaté sur différens points de cette vaste contrée, connue alors sous le nom de Monomotapa, et notamment dans la partie du nord, habitée par les Mashonas, des vestiges d’anciens travaux miniers qui, d’après l’opinion des ingénieurs qui les ont de nos jours examinés, portent les marques certaines d’une très haute antiquité, et témoignent, de la part de ceux qui les ont conçus et exécutés, d’une grande habileté dans l’art du mineur. A proximité de ces travaux, des ruines de monumens et d’édifices gigantesques, éparses sur toute la surface du pays, attestent qu’il a été jadis habité par un peuple