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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/670

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prétendent profiter seuls du bénéfice des intermédiaires qu’ils suppriment ; ils tiennent leurs prix trop élevés, et l’acheteur n’a plus d’intérêt à s’adresser à eux, s’il ne trouve guère de différence entre la somme qui lui est demandée au vignoble et celle qu’il paie à un négociant du voisinage.

D’autre part, habiles à exploiter le désir du consommateur de s’approvisionner directement, une nuée de commerçans, non pas toujours des plus délicats, se sont installés dans les pays viticoles d’où ils décochent, sous couleur de domaines imaginaires, des myriades de prospectus sur le reste de la France. Ces circulaires leur reviennent à 20 francs le mille (dont 10 francs de frais de poste, 3 francs d’adresses et de bandes, 7 francs de papier et d’impression) ; la commande d’une pièce par 1 000 prospectus expédiés suffit à couvrir les débours. Ces factums, chefs-d’œuvre de bonhomie rurale, appellent la confiance et souvent n’y répondent pas. Le client, trompé, refuse de courir à nouveau les aventures avec des expéditeurs ou des représentans sur lesquels il est difficile de mettre la main.

Tantôt, au contraire, ce sont des cliens mauvais payeurs ou purs escrocs, qui se font livrer par d’honnêtes et trop naïfs propriétaires des vins dont la facture ne sera jamais réglée. Le vendeur, pris pour dupe, se décourage à son tour. Il faut bien que les agriculteurs comprennent que, s’ils veulent jouir des profits du commerçant, ils doivent se résigner à en apprendre le métier et à en supporter les charges : correspondance et recouvremens multiples ; souci d’un bon conditionnement ; et, en première ligne, préparation du vin pour le compte de gens qui ne savent pas le soigner eux-mêmes. Les sociétés coopératives de consommation et les syndicats vinicoles régionaux parviendront à grouper les offres des acheteurs et des vendeurs, et, en donnant aux rapports des uns avec les autres la garantie de la solidarité, ils aideront sans doute, dans un avenir peu éloigné, à l’avènement d’un état de choses plus avantageux pour tout le monde.


Vte G. D’AVENEL.