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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/634

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Le mécanisme de la vie moderne


II. LE TRAVAIL DES VINS [1]


De toutes nos boissons, la nature, livrée à elle-même, ne nous en fournit pas d’autre que l’eau. Est-ce à dire que le vin soit, comme l’affirmait M. Berthelot à la tribune du Sénat, « un produit artificiel » ; et l’administration française des douanes a-t-elle raison de le classer, dans le tableau du commerce général, parmi les « objets fabriqués » ? La distinction est assez épineuse.

Si l’on réserve en effet la qualification de naturelle aux marchandises qui n’ont subi aucune manipulation ou transformation quelconque, il ne s’en trouvera qu’un très petit nombre ; mais si l’on entend n’appliquer l’épithète d’ « artificiels » qu’aux produits créés de toutes pièces par le génie humain, il ne s’en trouvera pas un seul. Les Heurs même d’étoffe ou de papier, qui poussent entre les doigts des ouvrières, exigent une matière fournie par « la nature, » et demandent sans doute moins d’ « artifice » que la culture en serre chaude d’une orchidée de 3 000 francs. En admettant que le raisin soit un produit naturel, — ce qui ne serait rigoureusement exact que pour la vigne de Noé, — le vin est vraiment une création de l’homme. Il doit presque toute sa valeur au

  1. Voyez la Revue du 15 juillet.