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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/603

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Vingt ans de monarchie moderne en Espagne


La politique est comme l’histoire naturelle : elle a, comme elle, sa transformation des espèces et, comme elle, ses variétés qui disparaissent. Ainsi, elle connaît, elle a connu deux types de monarchie : le type ancien et le type moderne, et celui-ci est à celui-là ce que l’homme d’aujourd’hui est à l’homme des premiers âges.

Dans le type ancien, tous les pouvoirs sont confondus ; le droit vient de Dieu et réside dans le roi ; point de libertés, celles seulement que le maître souffre ou qu’il n’a pu réduire ; la légalité est fondée immédiatement et incessamment sur la force. Dans le type moderne, les libertés sont fixées, définies, garanties par la loi ; l’autorité a des limites certaines ; les pouvoirs sont distincts et tendent à se faire équilibre. Quelle que soit la source du droit, il n’est plus inhérent ni personnel au prince ; la royauté est un office ou devoir public.

Le type ancien a, pour ainsi dire, disparu de la surface de la terre. C’est tout au plus s’il persiste maintenant encore à l’extrême frontière du monde occidental, en Turquie, en Russie, où il s’est d’ailleurs atténué. Presque partout, depuis une centaine d’années, le type moderne a pris sa place. Ce n’est plus, nulle part, la monarchie brute, le géant dolichocéphale. Comme tout ce qui vit et veut survivre, la monarchie a dû s’accommoder aux changemens d’époque et de milieu, et plus le milieu a été agité en ces derniers temps, plus il lui a fallu s’éloigner du type ancien.

Aucun pays, au cours de ce siècle, n’a fait ou n’a subi autant