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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/511

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la disputer et qu’ils réclament le droit d’en orner leur politique pour la rendre plus agréable ou moins suspecte ; mais c’est une prétention qui n’a aucune raison d’être. Elle n’est justifiée par aucun des faits de l’histoire : c’est un paradoxe historique qui peut être brillant quand il est porté à la tribune par un orateur qui a beaucoup de talent, mais c’est la négation même de la vérité.

On a cherché à prouver le bien fondé de cette singulière prétention en citant d’abord un discours de Mirabeau qui aurait conseillé à l’Assemblée nationale de se faire donner la liste des riches propriétaires afin de leur faire supporter, à la décharge des petits, tout le poids de l’impôt foncier, et ensuite en rappelant un rapport de La Rochefoucauld sur la contribution mobilière, rapport où il aurait fait applaudir l’éloge de l’impôt progressif. Ces deux exemples permettraient de soutenir que l’exemption par classe de citoyens et le tarif progressif n’avaient rien de contraire à la doctrine financière des constituans de 1789.

Le terrain de la discussion, sinon les exemples, est très bien choisi, car ce sont réellement les deux points sur lesquels les radicaux ont tout intérêt à concentrer la bataille. Vainqueurs sur ce terrain, ils seraient maîtres de tout.

L’immunité d’impôts au profit de classes entières de citoyens et la progression introduite dans les tarifs de perception des impôts sont en effet en contradiction absolue avec la doctrine libérale. On ne peut les faire triompher que par la condamnation définitive de l’école libérale. Ou la république sera libérale en matière de finances ou elle sera socialiste : la conciliation est impossible.

Mirabeau, dans la séance du 26 septembre 1789, a prononcé sur la banqueroute son célèbre discours, et il a produit sur l’Assemblée nationale un effet foudroyant. Les conclusions du grand orateur acceptant de confiance le plan financier de Necker furent approuvées et votées d’enthousiasme. On peut donc considérer ce discours comme ayant répondu à ce moment aux idées de l’Assemblée nationale : aussi nos adversaires se croient-ils le droit d’y chercher la doctrine financière de 1789, et nous ne nions pas qu’ils aient le droit de le faire.

« Il faut le combler, s’est écrié Mirabeau, ce gouffre effroyable. Eh bien ! voici la liste des propriétaires fonciers : choisissez parmi les plus riches, afin de sacrifier moins de gens. Ne faut-il pas qu’un petit nombre périsse pour sauver la masse du peuple ? »

C’est bien là la doctrine socialiste de l’impôt pesant sur quelques-uns à l’avantage de tous les autres ; c’est bien là la négation de l’impôt général et proportionnel ; c’est bien là la forme la plus