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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/492

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elle n’en gratifie pas moins ceux qui s’en targuent, par cela seul qu’elle a une tournure philosophique, d’une très grande puissance d’action sur le peuple. Les Français aiment à philosopher ; et philosopher mémo dans le faux, a presque toujours été, — après les spectacles publics, les foires et les champs de courses, — la plus grande des jouissances populaires. Les courses en char et les subtilités théologiques ou philosophiques sont la mode de toutes les Byzances.

Il est en outre démontré par l’histoire de notre siècle que les socialistes, aussitôt qu’ils cessent d’avoir des doctrinaires à leur tête, perdent du coup toute leur influence et que leur autorité sur les masses ouvrières dont ils ont la prétention de disposer, s’évanouit aussitôt que leurs grands prêtres cessent d’achalander leurs mystères. Dépourvus de chefs à formules magiques, ils n’ont plus de valeur comme parti ; ils deviennent simplement un corps de troupes luttant par la force des armes, et déclarant la guerre à une portion considérable de leurs concitoyens. Ils ne sont alors que des fauteurs de guerre civile. Réduits à ce rôle, leurs chances de succès deviennent presque nulles, parce que l’espèce d’armée qu’ils conduisent au combat, si elle a les avantages des bandes du temps jadis, — c’est-à-dire l’audace et l’absence de scrupule, — en a aussi tous les inconvéniens, c’est-à-dire le détestable recrutement et l’impossibilité de se maintenir en armes. Leurs recrues mal encadrées fondent comme de la neige aux rayons du soleil par le contact prolongé avec des populations soucieuses de ne pas être dérangées dans leur travail.

Le jour où le socialisme contemporain n’aura plus de doctrinaires à sa tête, il ne trompera plus personne ; il ne sera plus pour tout le monde, pour les radicaux comme pour nous, que l’anarchie pure et simple. Il deviendra le brigandage hideux dont les sectaires inspirent la plus profonde répulsion à la grande majorité des Français.

Aussi est-il nécessaire que les libéraux fassent état, de leur côté, de leur doctrine historique et de leur doctrine économique. C’est par la puissance d’attraction d’une doctrine bien pensée et bien propagée qu’ils peuvent détacher les radicaux de l’alliance socialiste et concourir avec les autres républicains à former dans le Parlement une majorité de gouvernement. Ce n’est pas chose facile que de détacher des socialistes, les radicaux qu’on appelle radicaux de gouvernement, car il y en a un très grand nombre parmi eux qui n’ont pas le sens des idées générales. Ce sont ceux-là qui ramènent tout à la vieille politique de parti ; qui croient que les républicains pour être de vrais républicains