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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/481

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la population encore hésitante ! Dans l’espoir que la Prusse orientale marchera en première ligne dans ce combat, je bois à la prospérité de ses habitans. » Cet appel sera-t-il entendu ? Les intérêts des agrariens sont tenaces en même temps que leurs passions sont très excitées, et peut-être la parole royale se heurtera-t-elle contre eux sans les réduire. Toutefois, l’autorité de l’empereur est grande et la manifestation qu’il vient de faire a mis un grand désarroi parmi les agrariens. Il est probable que, pendant quelque temps au moins, leur opposition prendra un caractère plus radouci. Déjà leurs journaux prennent un ton moins ardent ; ils ne le retrouvent que pour se déclarer prêts à suivre l’empereur dans la croisade qu’il semble annoncer. Mais quel est le combat auquel Guillaume convie sa noblesse ? On sait bien à quel parti s’adresse le cri de guerre qu’il vient de pousser ; on est moins fixé sur les moyens qu’il compte employer pour le réduire. Les socialistes, inquiets, se demandent si le discours impérial n’est pas l’annonce de lois nouvelles et plus rigoureuses. Ils les redoutent naturellement, et protestent déjà contre elles, tandis que la presse conservatrice y pousse et les réclame. Peut-être l’empereur n’a-t-il pas voulu donner à sa menace un peu vague toute la portée qu’on lui a attribuée dans l’opinion. C’est d’ailleurs ce qu’un avenir prochain ne manquera pas d’éclaircir.


Francis Charmes.


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LA MISE EN SCÈNE DU DRAME WAGNÉRIEN


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Nous croyons devoir communiquer à nos lecteurs la lettre suivante qui donne une idée très précise de l’art scénique et de la discipline théâtrale tels qu’on les comprend à Bayreuth. On a beaucoup discuté, on discutera beaucoup encore sur l’esthétique et la mise en scène du drame musical au Théâtre de Richard Wagner. L’intérêt de ces pages est d’en offrir une théorie pratique et raisonnée.


Monsieur,


Vous me rappelez la lettre que je vous écrivais d’ici pendant l’été de 1891, lorsque le Tannhäuser fit sa première apparition sur la scène de Bayreuth. Aujourd’hui vous me demandez mes impressions sur la représentation du Lohengrin, et vous tenez à savoir si, maintenant comme alors, l’accomplissement d’une tâche particulière a conduit les