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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/474

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jour les défauts d’une mauvaise. C’est à quoi il n’a pas manqué. Ses protecteurs, soit au Conseil général de la Seine, soit au dehors, ont commis une confusion qui donne la plus médiocre idée de leur discernement. Ils ont cru que tant valait la doctrine, tant valait l’homme qui la professait, ce qui, dans l’espèce, était tout juste le contraire de la vérité. M. Robin est sincère : on ne saurait en douter lorsqu’on fit les réponses qu’il a faites aux journalistes venus de toutes parts pour l’interroger. Il leur a parlé avec une franchise déconcertante : tous sont partis édifiés sur son compte. Il y a chez M. Robin une grande dose de naïveté ; le malheur pour lui est d’avoir appliqué cette disposition de son esprit à des sujets tellement scabreux qu’on a pu le prendre pour un cynique. Passons sur la manière dont il parle de la religion, on la devine ; mais il faut l’entendre s’expliquer lui-même sur la coéducation des sexes et sur les matières d’enseignement qu’elle comporte. « Ah ! pauvres modernes ! s’écrie-t-il, ne comprendrez-vous pas que ce qui fait la pourriture de l’enfant c’est la chanson grivoise, les allusions polissonnes, l’ignorance ? Ici, tous nos enfans savent très bien comment s’accomplit la génération, qu’elle résulte de l’accouplement du mâle avec la femelle, de même qu’ils savent que le pollen féconde le pistil, et de même que l’acide sulfurique rougit la teinture de tournesol. Quel danger voit-on à cela ? » Pourtant, M. Robin en a aperçu quelquefois à ces accouplemens, d’ailleurs si conformes à la nature, mais qui ne sont pas toujours sans conséquences : on a beaucoup parlé d’un manuscrit de sa main, prêté par lui à une institutrice, et où il énumérait les moyens d’en éviter les suites matérielles. L’acide sulfurique fait rougir la teinture de tournesol : nous serions curieux de savoir ce qui fait rougir M. Robin et ses élèves.

Eh bien ! malgré tout ce qui précède, il est probable que M. Robin continuerait encore de diriger l’orphelinat de Cempuis, s’il n’avait pas touché à l’idée de patrie. Dans le désarroi général où sont tombées les intelligences, il aurait peut-être pu se sauver sans cette suprême imprudence. Mais, on le sait, il y a là un sentiment sur lequel nous sommes tous d’accord. M. Robin est un socialiste internationaliste, et il fait tout juste le même cas du « préjugé national » que du préjugé religieux. Rien ne lui paraît plus funeste que d’élever un enfant dans un culte trop exclusif de son pays : c’est le moyen de faire naître et d’entretenir chez lui le chauvinisme dont sont sorties tant de guerres. La guerre, l’armée, sont les cauchemars de M. Robin : il les confond dans la même réprobation. Un jour une personne du dehors avait donné à un de ses élèves une boîte de soldats de plomb : il foula aux pieds et détruisit un jouet qui risquait de provoquer dans l’âme de l’enfant les passions les plus malfaisantes. « Assez de guerres internationales, s’écrie-t-il, pour le profit des financiers, pour le plaisir de certains héros professionnels ! » Et comme on lui demande ce que