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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/467

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 septembre.


À quelque opinion politique qu’on appartienne, il est impossible de ne pas éprouver une respectueuse émotion en apprenant la mort prématurée de M. le Comte de Paris. Mourir dans la force de l’âge, en exil, victime d’une fatalité dont on n’est pas responsable, est le sort le plus douloureux qui puisse incomber à un homme auquel ses adversaires eux-mêmes, ou du moins les adversaires du principe qu’il représentait, sont obligés de rendre hommage. Il serait banal de dire que M. le Comte de Paris aimait son pays. Lorsqu’on est le représentant et le descendant d’une longue lignée de rois, la plus ancienne et la plus illustre qui fut jamais, comment ne porterait-on pas dans son âme l’amour ardent de sa patrie ? Le cours des choses a changé : mais si la France, une fois faite et devenue grande et forte, a eu le droit de s’engager dans des voies nouvelles, elle n’a pas celui de renier le passé et de méconnaître ce qu’elle a dû, pendant si longtemps, aux vieux souverains qui l’ont formée, province par province, et lui ont imprimé son admirable unité. M. le Comte de Paris était l’héritier, non seulement de leur gloire, mais de leurs passions généreuses : il aimait la France comme la création de ses ancêtres, comme une patrie dont l’histoire se confondait étroitement avec celle de sa race. Il l’aimait assez pour n’avoir jamais voulu la troubler ni l’agiter, et s’il meurt sans que la destinée lui ait permis de la servir utilement, du moins ne l’a-t-il jamais desservie : il a jusqu’à la fin respecté son repos. On le lui a reproché. Des amis impatiens et maladroits, plus dégagés de scrupules, plus hardis dans leurs conceptions, auraient voulu qu’il se jetât dans la mêlée des partis, qu’il se mît en avant, qu’il appelât sur lui l’attention par tous les moyens bons ou mauvais. S’il a eu quelques velléités de ce genre, elles ont été courtes. Son bon sens et son patriotisme l’ont bientôt arrêté. Il a compris qu’il ne pourrait résulter de ces aventures que beaucoup de mal et aucun bien. L’honnêteté de son esprit y résistait. Aussi meurt-il sans avoir soulevé contre lui aucune colère, aucune haine ; et sa fin cruelle n’a-t-elle provoqué dans tous les cœurs qu’un sentiment de pitié.

Chose bien rare ! l’exil lui-même, sauf un moment, pendant l’aven-