Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/455

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LES REVUES ÉTRANGÈRES

REVUES ALLEMANDES

Quelques figures d’artistes : Une élève de Franz Hals ; trois sculpteurs français au service de Frédéric le Grand ; Raphaël Mongs.

Je voudrais faire aujourd’hui une rapide excursion à travers les revues d’art allemandes. Elles sont pleines de controverses savantes ou ingénieuses ; et les principaux critiques de l’Europe entière s’y donnent rendez-vous pour discuter l’attribution d’un tableau, pour s’entendre, ou plutôt pour se contredire, sur l’exactitude d’une date ou l’authenticité d’une signature. La critique allemande a pris en effet, depuis une vingtaine d’années, une tournure et des coutumes absolument nouvelles. Elle a renoncé à l’esthétique et à la critique même, je veux dire à cette ancienne méthode qui avait pour objet l’étude de la beauté dans les œuvres d’art. De la beauté des œuvres d’art personne, je crois bien, ne se soucie plus guère, parmi les éminens collaborateurs de ces revues allemandes. Mais tous, en revanche, s’inquiètent, avec un zèle admirable, de leur provenance et du vrai nom de leurs auteurs. C’est là-dessus que portent invariablement leurs débats. Lorsque le directeur du musée de Berlin, par exemple, découvre dans les greniers du musée un tableau que lui-même reconnaît pour médiocre et déplaisant à voir, mais qu’il estime cependant être une œuvre authentique de Léonard de Vinci, on peut être assuré que tous ses confrères, l’un après l’autre, diront leur mot sur cette attribution. Tel est encore le cas, dans ces temps derniers, pour une statuette du musée de Berlin, attribuée par le directeur du musée à Michel-Ange, et considérée par d’autres critiques comme une insignifiante machine d’un petit maître du XVIe siècle. On dirait que tous les critiques allemands se sont décidés un beau jour à ne plus admirer une seule œuvre d’art avant d’avoir