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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/439

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Plus tard, à Toumelline, dans la vallée de l’Ouad-Reris, Moulaï-el-Hassan reçut les réclamations du ministre d’Espagne à Tanger. Il connut alors, aussi bien que par les courriers que lui envoya son frère, toute l’étendue et la gravité de ce qui s’était passé sous les murs de. Melilla et la mort de l’infortuné général Margallo. L’armée reçut l’ordre de prendre la direction occidentale et de gagner Merâkech. Sa Majesté Chérifienne renonçait à tous ses projets de politique saharienne pour faire face aux difficultés nouvelles. Il nous est difficile dès maintenant, — au lendemain de la mort du sultan et après le désarroi momentané que causa dans la politique intérieure du Maroc l’affaire de Melilla, — d’apprécier avec netteté les tentatives prêtées au souverain au cours de son voyage du Tafilelt. Tout au plus, avancerons-nous, et encore avec une extrême réserve, que l’on avait peut-être attaché une plus grande importance qu’il ne convenait à ce déplacement. Il ne paraît point, pour tout dire, que Moulaï-el-Hassan ait reçu à sa tente un grand nombre de délégués du Sahara.

Evidemment le séjour du sultan dans les oasis de l’Ouad-Ziz eut un énorme retentissement par le déploiement d’une armée telle qu’on n’en avait jamais vu dans ces contrées ; mais la portée s’en trouva, en fait, des plus restreintes et surtout parmi la population des oasis de l’extrême-sud où l’influence marocaine, qui n’est même pas nominale, n’a guère servi que d’étiquette pour couvrir les méfaits des dissidens et des fauteurs de troubles. Deux colonnes secondaires avaient précédé l’armée impériale, une sous la direction du fils aîné du sultan, Moulaï-Mehemmed, qui demeura à Dar-el-Beïda du Tafilelt, et une autre à laquelle était adjoint le fameux chérif Si-Mohammed-el-Amrani, qui alla opérer contre le ksar de Bou-Denib dans l’Ouad-Guir.

Avant de quitter l’Ouad-Ziz, le sultan avait reçu la visite du jeune héritier d’El-Arbi-el-Derqaoui. Très humblement équipé avec intention, il se prosterna devant la tente de Moulaï-el-Hassan, car sa politique se résumait pour l’instant à jouer la modestie afin de détourner les soupçons du makhzen et de pouvoir ensuite, dès le départ de l’armée impériale, travailler à l’établissement de son prestige. On le sait, ce ne sera pas la zaouïa d’El-Gaouz où était mort El-Arbi-el-Derqaoui qui centralisera l’influence, mais bien la petite zaouïa du Ferkhla qui recueillera l’héritage, car en vertu d’un testament du vieux chérif que l’on trouva caché dans son turban après sa mort, il instituait comme son continuateur un des fils de Si-el-Haouari. Ce dernier, contemporain du prédécesseur d’El-Arbi-el-Derqaoui, était venu de Fez et avait fondé dans le Ferkhla la zaouïa d’El-Haouri indépendante des Derqaoua, la laissant à sa mort à son fils aîné. L’autre fils s’en fut, par jalousie,