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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/415

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pays des Haha. Les subsistances furent débarquées à Agadir, petit port fermé au commerce par ordre impérial, bien qu’il soit sans contredit le meilleur et le plus sûr mouillage de toute cette côte atlantique du Maroc, si dangereuse et si inhospitalière. L’armée atteignit ensuite la ville de Taroudant, la capitale du Sous, située au milieu de la riche vallée du même nom ; mais, à cette époque désolée, toute la région offrait un aspect aussi misérable et dénudé que les districts les plus stériles du Sahara. Les effectifs de la colonne commençaient déjà à se réduire par les désertions et les morts résultant des privations les plus extrêmes. Aussi le séjour à Taroudant ne fut-il que de très courte durée, et après avoir passé l’ouad Sous, on se dirigea vers le sud, vers l’ouad Massa. A l’embouchure, on retrouva le bateau l’Amélie, qui put débarquer de nouvelles provisions, mais après les plus grandes difficultés, le long d’une plage où les vagues de l’Océan brisent avec violence, bordant d’une immense frange d’écume et de remous la côte basse et sablonneuse, qui, du large, semble voilée par le brouillard que forment les embruns. Une frégate espagnole était également mouillée, portant un fonctionnaire marocain qui rentrait de Madrid où il avait été envoyé par le makhzen afin de traiter du choix et de la cession du port de Santa Cruz de la Mar Pequeña. C’est ici que trouvent naturellement leur place quelques détails sur une question qui, soulevée en 1860, paraît n’avoir pris fin que vers 1887.

En 1860, peu de temps avant la signature du traité qui mettait (in à l’expédition dite de Tétouan, le gouverneur général des îles Canaries, émerveillé des pêches vraiment miraculeuses que faisaient les pêcheurs espagnols qui se rendaient dans les parages de la côte de l’extrême-sud marocain, demanda au gouvernement de Madrid, sur la prière des habitans des îles, de faire insérer dans le traité en préparation la cession du point de la côte marocaine dit Santa Cruz de la Mar Pequeña. C’était ainsi que les patrons des barques de pêche appelaient l’endroit où ils allaient tendre leurs filets. Le gouvernement espagnol, croyant de très bonne foi qu’il s’agissait réellement d’un port et de territoires environnans, se lança dans une suite interminable de négociations qui devaient durer près de vingt-sept années, et qui donnèrent lieu aux incidens les plus divers. Finalement, il fut établi d’une manière certaine que Santa Cruz de la Mar Pequeña n’existait point, et qu’il s’agissait simplement d’un bas-fond et de sortes de bancs de sable où la mer était plus tranquille et où le poisson abondait. A la vérité, le tout était peut-être situé dans les eaux marocaines, sans que l’on en fût même absolument